La dépression, qu’est-ce que c’est?

L’état dépressif est une perturbation de l’humeur dans le sens négatif, celui de la tristesse, de la souffrance intérieure. Il peut survenir après un événement (comme la perte d’un proche), ou encore, sans raison apparente pour la personne (« je ne comprends pas pourquoi je suis aussi mal alors que tout va bien dans ma vie. »). Ce qu’il est important de prendre en comptedepression c’est qu’il existe différents degrés (intensité) de la dépression (légère, modérée et sévère), et que plus elle s’installe, plus il est difficile d’y faire face.

La première chose qui prend des allures pathologiques c’est le sommeil. Il faut avoir en tête que tous les symptômes ne s’expriment pas chez tout le monde, et selon la même intensité. Cet article ne concerne pas les troubles bipolaires (alternance de phases mélancoliques et de phases maniaques).

Pour parler d’état dépressif et non simplement d’émotions ou d’affects dépressifs, il faut que cette dépression de l’humeur atteigne une durée et une intensité telles qu’elles entraînent des conséquences constatables sur la vie psychique,  somatique et relationnelle.

Au niveau de l’humeur :

  • vision pessimiste de soi et du monde (par exemple autodévalorisation) ;

  • émoussement affectif (perte de plaisir et d’intérêt)

  • instabilité des affects (irritabilité, impulsivité, crises de larme)

Ralentissement de la pensée et dans le corps :

  • au niveau intellectuel, on pourra observer un ralentissement du débit verbal, des troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire ou encore une impression d’écoulement lent du temps.

  • Au niveau moteur, le corps se ralentit (lenteur de la marche, voix monocorde)

Les symptômes somatiques :

  • troubles du sommeil (éveil matinal précoce, troubles de l’endormissement…)

  • troubles de l’alimentation (anorexie ou hyperphagie)

  • troubles de la sexualité (baisse de la libido, impuissance et frigidité)

  • troubles somatiques divers (mal de tête, palpitations, constipation, douleurs musculaires, nausées, vertiges etc.)

Les différentes formes de dépressions

  1. Les dépressions « endogènes »

Ici, la personne se déprime sans qu’il y ait de rapport avec ce qu’elle vit. La raison est à rechercher dans l’histoire du sujet, en rapport à son vécu infantile. Quelque chose au sein du fonctionnement psychique pose problème sans que la personne en ait conscience.

  1. les dépressions réactionnelles

Elles sont en lien avec un événement extérieur : le deuil ; la dépression post-partum (après la naissance d’un enfant) ; la dépression du sujet âgé ; la dépression survenant à la suite d’une maladie organique.

  1. la dépression d’épuisement

C’est une forme particulière de dépression réactionnelle qui survient à la suite d’un surmenage émotionnel prolongé ou répété. L’évènement stressant est davantage un conflit permanent d’ordre familial, professionnel, moral mais dans tous les cas les tensions émotionnelles qui sont en cause sont étroitement liées au milieu dans lequel vit le sujet.

  1. la dépression de l’adolescent et du sujet âgé

Chez l’adolescent, c’est particulièrement le décalage entre ses désirs et la réalité qui peut entrainer une dépression. Chez le sujet âgé, c’est le constat de la fin de vie à venir qui peut venir fragiliser.

  1. La dépression masquée

Elle est caractérisée par le « masquage » des symptômes dépressifs par d’autres symptômes :

  • dépression masquée somatique (les plaintes sont vagues concernant le corps et variables ; le peu d’anxiété rattachée à ces plaintes ; la normalité des bilans organiques et le déni farouche de toute dépression).

  • Masquée par des conduites alimentaires (anorexie, boulimie) ou conduites d’addiction (toxique, alcool).

L’idéal de fidélité

L’idéal de fidélité

Pas d’infidélité sans référence à ce qu’elle trahit ! Bien qu’il y ait eu des bouleversements dans le concept du couple et du mariage depuis ces dernières décennies, la fidélité reste une valeur centrale du couple, et nous continuons d’exiger de l’autre l’exclusivité. Alors d’où vient cette exigence si importante à nos yeux ?

Une exigence de fidélité contre la peur de perdre l’autre

Si l’importance de la fidélité découlait auparavant du besoin de certitude quant à la filiation, cela ne signifiait pas pour autant qu’on ne ressentait pas d’angoisses de perte ou d’abandon, mais l’absence de divorce les atténuaient certainement.

Aujourd’hui, nous observons un renfermement du couple sur lui-même (1). les relations deviennent très intenses et nous avons tendance à attendre beaucoup de l’autre. Lorsqu’une personne prend autant de place pour nous, l’une des conséquences est d’accentuer ce type d’angoisse. Nous pouvons ressentir très vite le sentiment de tout perdre si l’autre nous échappe. En bref, nous mettons tous nos œufs dans le même panier !

Ces peurs s’expriment à des degrés divers chez les uns et les autres, et surtout, elles ne sont pas forcément en adéquation avec ce qui se passe dans la relation : nous pouvons ressentir en permanence la crainte que l’autre nous abandonne alors que chaque jour il nous prouve à quel point il tient à nous. La peur renforce notre volonté de fidélité, et lorsque notre partenaire nous la clame haut et fort, il nous assure d’être unique et spécial.

Les idéaux fondamentaux (2)

Si les angoisses nous amène à exiger la fidélité, elles n’expliquent pas pour autant ce qui fait d’elle une valeur aussi importante à nos yeux.

Il existe au sein de la psyché de chacun des idéaux fondamentaux et universels comme l’idéalisation de la vie humaine, de la vérité, de la fidélité ou encore de la beauté. Ces idéaux se distinguent de nos intérêts personnels car nous pouvons prendre des décisions en fonction d’eux alors que cela nous portera préjudice. Citons par exemple le cas de certains journalistes donnant leur vie pour que la vérité éclate au grand jour au détriment de leur propre vie.

Un idéal lié à nos origines

La fidélité peut être définie comme le maintien d’un lien avec un autre envers et contre tout, et elle prend sa source dans la première relation que nous nouons : « L’être humain idéalise très tôt le lien qui l’unit à sa mère au point de la considérer comme indispensable à sa survie et d’y voir la source des plus grandes satisfactions. » (2, P 203). C’est un fait établi que lorsque le nourrisson ne peut plus compter sur sa mère, il se laisse dépérir. C’est dire la puissance en jeu dans cet idéal fondamental puisqu’elle s’établit dans un contexte où elle est vitale pour le sujet. C’est le lien qui a été au départ de la vie que l’enfant sacralise, et sur lequel il estime pouvoir compter envers et contre tout. Et lorsque nous faisons appel à la fidélité dans nos relations amoureuses, c’est à cet idéal que nous faisons référence, à cette relation première.

Un idéal à la source de nos actions

Nous avons tous en nous des forces qui nous poussent à l’idéalisation, à tendre vers ces idéaux, car ils nous procurent des satisfactions. Cette poussée à l’idéalisation est par exemple très visible chez les adolescents qui se mettent pratiquement à déifier certains chanteurs ou actrices dont ils se disent « fan ». Si nous en jouissons le plus souvent en positif, il arrive que certains en jouissent en négatif… S’estimant parfois trahis dans leurs relations précoces, lorsqu’ils étaient enfants, ils peuvent attaquer la fidélité en permanence, et notamment dans leurs couples. C’est donc bien toujours en référence à cet idéal qu’ils agissent mais en négatif, pour le bafouer, le transgresser, le maltraiter et finalement, par leurs actes, mettre en scène et dénoncer la trahison dont eux-mêmes ont été les victimes.

Même l’infidèle réclame la fidélité ! (3)

Doug et Zoé sont mariés depuis plusieurs années, et parents de deux enfants. Zoé, femme très énergique, en dépense beaucoup pour son travail et pour sa famille (ses parents, ses 5 sœurs et leurs enfants), et consacre de moins en moins de temps à Doug. Il a l’impression de passer inaperçu, et il se sent de moins en moins à sa place auprès de sa femme. Seules les relations sexuelles lui permettent de se distinguer de toutes ces personnes, mais plus il essaie de raviver la flamme entre eux, plus cela le déprime de constater tous les efforts qu’il doit fournir pour y arriver.

Il se met alors à regarder ailleurs et rencontrera Naomie avec qui il aura une liaison qui va durer 5 ans. La liaison prend fin au moment où Naomie entretient une autre liaison. Rongé par la jalousie, il se met à penser à elle dans les bras d’un autre homme et cette pensée va tourner à l’obsession. Doug exige la fidélité dans un espace régi par l’infidélité, il exige cette fidélité de la part de sa maîtresse alors que lui-même ne peut la respecter avec sa femme.

France Bernard

1. F. Bernard, L’infidélité au fil du temps (article 1 de la thématique sur l’infidélité)

2. G. Bonnet, Les idéaux fondamentaux, Presses Universitaires de France, 2010

3. E. Perel, L’intelligence érotique, faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007 (pp 273-300)

La rencontre amoureuse

La rencontre amoureuse

 » A chaque instant de la rencontre, je découvre dans l’autre un autre moi-même. »

Roland Barthes

Le début d’une relation est souvent le moment d’un bonheur intense. Cette phase est souvent appelée lune de miel. C’est une période de passion pendant laquelle plus rien d’autre n’existe. Moment où l’on s’imaginerait vivre d’amour et d’eau fraîche. On y retrouve les émois de l’adolescence, cette période où tous les sentiments se vivent de façon exagérée, du drame à l’exaltation. Mais quel destin après la passion?

La passion

Dans les tous premiers temps de la relation amoureuse, nous avons tous pu ressentir le sentiment d’avoir trouvé LA bonne personne. Celle qui comblerait tous nos désirs et toutes nos attentes, avec qui nous souhaiterions passer tout notre temps et parfois le reste de notre vie (1). C’est la passion amoureuse.

Cet état de passion se ressent dans notre vision du monde : tout nous parait plus beau, plus facile, la musique résonne en nous de manière plus intense… L’exaltation des sentiments, ce désir de fusion avec l’autre, entraine un retrait du monde extérieur. Plus rien d’autre n’existe. On voit beaucoup moins ses amis, on part plus tôt du travail ou parfois on s’en désinvestit… Si nous ressentons qu’un autre peut combler toutes nos attentes, pourquoi chercher ailleurs?

Lorsque nous vivons des états émotionnels intenses ou que nous voyons les autres les vivre, nous pensons souvent à l’adolescence, à la nôtre, et aux bouleversements qui l’accompagnent. L’adolescence est cette période de vie où le bouillonnement pulsionnel est intense, la passion alterne avec la haine, l’idéalisation avec la désidéalisation brutale. Bref, le tout ou rien.

Dans un couple d’adolescents, la séparation pour de simples vacances peut être vécue de façon « dramatique » avec l’apparition de mouvements dépressifs due à l’absence de l’autre.

L’idéal perdu impossible à retrouver…

Ce fantasme d’avoir trouvé l’objet « parfait » remonte au premier temps de la vie. Observer une mère avec son nourrisson, c’est voir une dyade où une personne concentre toute son attention sur les moindres besoins de son nouveau-né, les moindres bruits émis par celui-ci sont analysés par elle… Finalement, quelqu’un présent pour notre bien-être et notre satisfaction, sans réciprocité… Un paradis perdu.

C’est la réactivation de ce fantasme qui explique ce que nous pouvons ressentir au début d’une relation amoureuse. Seulement, il n’y aura jamais de commune mesure entre l’aspiration idéalisante, l’idée qu’on a de la relation et l’objet ou la personne qui l’incarnera dans la réalité. Cette inadéquation radicale est source d’une grande insatisfaction.

Le corps passionné 

Pourquoi peut-on réellement vivre d’amour et d’eau fraîche lors de cette lune de miel? Car si notre psychisme se met à flamber, le corps également. Durant cette période, le cerveau réagit au choc amoureux. Il va se mettre à sécréter des neurotransmetteurs qui nous ne ferons plus ressentir la faim, la fatigue, finalement tendront à éteindre nos besoins. La libération d’endorphines nous procurera du plaisir, les amphétamines vont stimuler l’activité cérébrale et diminuer notre besoin de sommeil et la sensation de faim, ou encore la noradrénaline qui provoque l’hyperactivité et le débordement d’énergie tout en réduisant le besoin de sommeil et l’appétit.

Dans le choc amoureux, le corps réagit de la même manière qu’en période de stress. Initialement, le stress était destiné à pouvoir prendre la fuite, il déclenche une augmentation de la fréquence cardiaque, une inhibition des récepteurs à la douleur, et plus globalement une extinction de tous les systèmes qui ne sont pas nécessaires à l’organisme pour survivre en boostant ceux permettant d’optimiser la fuite. Si on ne se sent pas de surmonter cette situation de stress qu’est le choc amoureux, le corps est prêt à fuir.  Pour le corps, comme pour l’esprit, Il y a donc véritablement un danger à la passion et à la rencontre amoureuse.

Rester ensemble? Les trois destins de la passion

Lorsque la passion continue au sein du couple, elle tend vers l’autodestruction, le tragique, le corps n’en peut plus, l’esprit est à bout, mais on ne peut pas se quitter….  On entre alors dans un cercle infernal.

Une fois la lune de miel terminée, c’est peut être également la fin du couple. La réalité reprend ses droits et l’on se rend compte que nous ne sommes pas faits pour être ensemble. C’est le temps de la désillusion.

Enfin si nous restons ensemble, c’est que finalement nous avons fait le deuil de l’idéal du ou de la partenaire que nous avions imaginé, c’est que nous acceptons que l’autre n’y corresponde pas. Lorsque l’état de passion amoureuse s’estompe, apparait alors la tendresse et ce que l’on pourrait appeler l’amour véritable (2).

France Bernard

1 – Francesco Alberoni, le choc amoureux, Pocket, 1993

2 – Philippe Brenot, Un jour mon prince viendra : Rencontrer l’amour et le faire durer, Éditions des Arènes, Paris, 2014

L’intelligence érotique

L’intelligence érotique

Faire (re)vivre le désir dans le couple

                                                           D’Esther Perel

lintelligence-erotique-desther-perelL’amour à besoin d’intimité. Le désir, de distance. Accepter l’incertitude et l’inconnu mène à une libido libérée. Esther Perel balaie les clichés, redistribue les cartes de l’érotisme et de la poétique sensuelle. 

Et nous invite à chasser le chastement correct de nos chambres. 

Sans tabous, elle réconcilie désirs et vie domestique et remet un peu de « X » dans le sexe. 

Esther Perel, thérapeute du couple et de la famille à New-York, est très présente dans les médias américains. Membre de l’Académie américaine de thérapie familiale, elle a longtemps travaillé sur le programme international d’études des traumatismes à l’université Columbia. 

Le couple, le désirable et le périlleux

Le couple, le désirable et le périlleux

                                     de Robert Neuburger

Pourle couple robert neuburgerquoi se met-on en couple et pourquoi désire t-on avoir un enfant? La réponse est moins évidente qu’on ne le croit, puisque la mise en couple fait généralement tanguer la relation amoureuse et que le désir et l’arrivée de l’enfant mettent souvent en péril le couple lui-même. Qu’est-ce donc qui nous pousse à prendre à chaque fois le risque du déséquilibre et de la rupture? Qu’est ce qui nous appelle? Et que nous dit de la société ce curieux comportement? 

Dans ce nouvel essai pétillant où tout est affaire d’équilibre et d’anticipation, Robert Neuburger prône la liberté de choisir, la créativité, la responsabilité personnelle, l’émancipation par rapport aux normes, et rappelle que les couples qui durent sont toujours ceux qui aiment… l’aventure. 

Un livre simple et pragmatique pour tous ceux qui s’interrogent sur la question du couple, sur la façon de faire couple, d’être dans un couple, avant et après les enfants, un livre peut-être pour éviter de rêver au couple trop parfait?

Les mots pour le dire

Les mots pour le dire

                                De Marie Cardinal

les-mots-pour-le-direLa jeune femme que nous découvrons dans Les mots pour le dire est un être physiquement et moralement désemparé, au bord de la folie. Jusqu’au jour où elle se décide à confier son destin à un psychanalyste. Il s’agit d’un cas vécu, particulièrement pénible. Fasciné, le lecteur subit la puissance de ce livre où se manifestent le tempérament d’une femme et le talent d’un écrivain. 

Les mots pour guérir

Les mots pour guérir

                               De Gérard Bonnet

les mots pour gue rir ok_PBP« Je n’avais jamais dit une chose pareille, je ne sais pas comment cela m’est venu à l’esprit », « Ce que je viens de dire m’a totalement bouleversé sans que je l’aie vu venir »…

Les mots pour guérir, la psychanalyse en sait quelque chose, c’est même sa première raison d’être. 

Mais quels mots? Dans quelle relation, dans quel cadre vont-ils pouvoir prendre place, et avec quelle écoute? Pourquoi sont-ce en premier lieu les mots de la personne souffrante qui comptent? Comment les faire surgir de nos forces les plus profondes, au moment opportun, pour qu’ils soient bénéfiques? 

Gérard Bonnet est psychanalyste, membre de l’Association française de psychanalyse et directeur de l’Ecole Propédeutique à la connaissance de l’inconscient.