Des yeux pour guérir (livre)

Des yeux pour guérir

                                      de Francine Shapiro

Dans ce livre passionnant, Francine Shapiro raconte comment elle a inventé l’EMDR. Cette thérapie repose sur une découverte majeure : notre cerveau est équipé pour guérir une blessure psychique. Lorsque celle-ci persiste, c’est que le choc traumatique qui l’a causée bloque le traitement des informations douloureuses. L’EMDR consiste alors, grâce à une stimulation des mouvements oculaires, à remettre en route la « digestion » naturelle des souvenirs pathogènes, qui s’intègrent ainsi dans la mémoire.

Les premiers patients de Francine Shapiro furent des vétérans du Viêtnam. Mais la chercheuse présente de nombreux autres cas de chocs traumatiques traités grâce à l’EMDR. Si cette thérapie ne peut effacer le passé, elle permet qu’il ne fasse plus mal.

Prix Sigmund Freud

Francine Shapiro est psychothérapeute et membre du célèbre Mental Research Institute de Palo Alto.

des yeux pour guérir

Le syndrome de stress post-traumatique

Diagnostiquer un Syndrome de Stress Post-Traumatique

L’un des traitements recommandés par les différentes agences de santé nationales et internationales comme l’HAS (la Haute Autorité de Santé) ou l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour soigner un syndrome de stress post-traumatique est la thérapie EMDR (voir article).

Le diagnostic ne peut-être posé que lorsque la problématique dure plus d’un mois :

« A. Le sujet a été exposé à un événement traumatique dans lequel les deux éléments suivants étaient présents :

  1. Le sujet a vécu, a été témoin, ou a été confronté à un événement ou à des événements durant lesquels des individus ont pu mourir ou être très gravement blessés ou bien ont été menacés de mort ou de grave blessure ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui a pu être menacée ;
  2. La réaction du sujet à l’événement s’est traduite par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur.

B. L’événement traumatique est constamment revécu, de l’une (ou de plusieurs) des façons suivantes :

  1. Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions ;
  2. Rêves répétitifs de l’événement provoquant un sentiment de détresse ;
  3. Impression ou agissements soudains « comme si » l’événement traumatique allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre l’événement, des illusions, des hallucinations, et des épisodes dissociatifs (flash-back), y compris ceux qui surviennent au réveil ou au cours d’une intoxication) ;
  4. Sentiment intense de détresse psychique lors de l’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’événement traumatique en cause ;
  5. Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l’événement traumatique en cause ;

C. Évitement persistant des stimulus associés au traumatisme et émoussement de la réactivité générale (ne préexistant pas au traumatisme) comme en témoigne la présence d’au moins trois des manifestations suivantes ;

(1) Efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme ;

(2) Efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme ;

(3) Incapacité de se rappeler un aspect important du traumatisme ;

(4) Réduction nette de l’intérêt pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités ;

(5) Sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres ; (6) Restriction des affects (par exemple incapacité à éprouver des sentiments tendres) ;

(7) Sentiment d’avenir « bouché » (par exemple pense ne pas pouvoir faire carrière, se marier, avoir des enfants, ou avoir un cours normal de la vie).

D. Présence de symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative (ne préexistant pas au traumatisme) comme en témoignent deux des manifestations suivantes :

(1) Difficulté d’endormissement au sommeil interrompu ;

(2) Irritabilité ou accès de colère ;

(3) Difficulté de concentration ;

(4) Hypervigilance ;

(5) Réaction de sursaut exagérée.

E. La perturbation (symptômes des critères B, C et D) dure plus d’un mois.

F. La perturbation entraîne une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

Il peut être accompagné de symptômes dissociatifs comme la dépersonnalisation et la déréalisation.

Les phénomènes spécifiques associés aux traumas sont :

  • Les amnésies : complètes ou partielles, durant un temps limité ou la perte du souvenir est persistante ;

  • Les flash-back : la réactivation des souvenirs traumatiques ;

  • Les déclencheurs : la personne est « réactivée » par des stimulis, des situations, des événements qui la renvoient au traumatisme.

La thérapie EMDR

La thérapie EMDR est une nouvelle approche de psychothérapie qui utilise la stimulation sensorielle des deux côtés du corps, soit par le mouvement des yeux soit par des stimuli auditifs ou cutanés, pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des événements du passé.

Cette thérapie poursuit le mouvement de recherche clinique et de soins inaugurés par la psychanalyse, la thérapie cognitive comportementale, les traitements par exposition, la médecine humaniste, les thérapies systémiques et les psychothérapies brèves centrées sur la personne.

Découverte et développée la fin des années 80 dans la Baie de San Francisco par Francine Shapiro. En moins de 10 ans, elle est devenue un des modes de traitement psychothérapeutique du PTSD (ou ESPT : État de Stress Post-Traumatique) ayant donné lieu au plus grand nombre d’études cliniques. Plusieurs études contrôlées ont démontré la remarquable efficacité de la thérapie EMDR pour la résolution les états de stress post-traumatiques (ESPT en français, PTSD dans la littérature anglo-saxonne), autant chez les victimes de traumatismes civils (viols, accidents, deuils) que chez les vétérans de la guerre du Vietnam ou les victimes de conflits dans les pays en voie de développement. De fait, à ce jour, la thérapie EMDR est une des méthodes de traitement des états de stress post-traumatiques (ESPT ou « PTSD ») les mieux documentées par la littérature scientifique.

Quand des expériences inquiétantes se produisent, elles sont stockées dans le cerveau avec toutes les images, bruits, pensées et sentiments qui l’accompagnent au moment de l’événement. Quand une personne a été traumatisée, le cerveau semble ne pas pouvoir traiter l’expérience comme il devrait le faire normalement. Par conséquent, les pensées et les sentiments négatifs de l’événement traumatique sont « emprisonnés » dans le système nerveux. Puisque le cerveau ne peut pas traiter ces émotions, l’expérience et/ou les sentiments qui l’accompagnent sont souvent supprimés de la conscience. Cependant, la détresse continue de se manifester dans le système nerveux où elle cause des perturbations dans le fonctionnement émotif de la personne.

La technique de thérapie EMDR fait deux choses très importantes. D’abord, elle « débloque » les mémoires et les émotions négatives stockées dans le système nerveux, puis, elle aide le cerveau à re-traiter l’expérience (au sens informatique de traitement de l’information) pour qu’elle soit « digérée ».

Le praticien travaille doucement avec le patient, le guidant progressivement pour rendre à nouveau visite à l’incident traumatique. Quand le souvenir est évoqué, les patients refont alors l’expérience des sensations et des émotions d’une nouvelle façon. La thérapie EMDR permet d’acquérir la compréhension de soi et la perspective qui permettront au patient de choisir ses actions, plutôt que de se sentir impuissant face à leurs réactions. Ce processus peut être complexe s’il y a beaucoup d’expériences reliées aux émotions négatives. Les séances de thérapie EMDR continuent jusqu’à ce que les souvenirs et les émotions traumatiques aient disparu.

Toute la force de l’EMDR en tant que méthode de traitements des traumatismes psychiques tient à la rapidité avec laquelle nous voyons les patients se libérer du poids de la honte, de la tristesse, ou de la rage avec lequel ils vivaient depuis des années.

Francine Shapiro, Des yeux pour guérir, Edition du Seuil, 2005

Les mots pour guérir (livre)

Les mots pour guérir

                                       De Gérard Bonnet

« Je n’avais jamais dit une chose pareille, je
ne sais pas comment cela m’est venu à l’esprit », « Ce que je viens de dire m’a totalement bouleversé sans que je l’aie vu venir »…

Les mots pour guérir, la psychanalyse en sait quelque chose, c’est même sa première raison d’être. 

Mais quels mots? Dans quelle relation, dans quel cadre vont-ils pouvoir prendre place, et avec quelle écoute? Pourquoi sont-ce en premier lieu les mots de la personne souffrante qui comptent? Comment les faire surgir de nos forces les plus profondes, au moment opportun, pour qu’ils soient bénéfiques? 

Gérard Bonnet est psychanalyste, membre de l’Association française de psychanalyse et directeur de l’Ecole Propédeutique à la connaissance de l’inconscient. les mots pour gue rir ok_PBP

Anorexie Boulimie, les paradoxes de l’adolescence (livre)

Anorexie Boulimie, les paradoxes de l’adolescence

                                             de philippe Jeammet

5 à 13 % des adolescents sont victimes de troubles de la conduite alimentaire : 9 cas sur 10 sont des filles. Elles ont souvent tout pour plaire, tout pour réussir et vont pourtant s’enfermer dans une solitude profonde, prisonnières d’un comportement autodestructeur comparable à la toxicomanie.
« Ce dont j’ai besoin est ce qui me menace » : voilà sans doute le paradoxe caractéristique de l’adolescence. Cette contradiction que les anorexiques et les boulimiques ne parviennent pas à dépasser est au centre de leur comportement alimentaire. Mais ce n’est pas le seul paradoxe que présentent ces patientes : paradoxe de jeunes filles brillantes et lucides mais qui nient la gravité de leur état ; paradoxe d’une maladie addictive dans laquelle la satisfaction provient de la non-satisfaction du désir ; paradoxe de leurs relations aux autres dont elles ne peuvent ni se satisfaire ni s’affranchir
Comment réagir face à l’anorexie et à la boulimie ?

anorexie boulimie Philippe Jeammet nous propose une analyse en profondeur de ces pathologies de plus en plus répandues mais souvent niées par l’entourage proche. Il révèle, à travers de nombreux portraits, toute la vulnérabilité de ces patientes, expose leurs parcours souvent chaotiques et tente de comprendre les facteurs individuels, familiaux et culturels à l’origine de ces comportements.

Les troubles du comportement alimentaire

On dit que ce sont des addictions sans drogue. Ces pathologies sont de plus en plus fréquentes dans les sociétés postindustrielles, où l’offre alimentaire est surabondante. Inconnues des sociétés traditionnelles, les anorexies/boulimies sont un symptôme ethnopsychiatrique : elles expriment les problèmes non résolus d’une culture. Manger est un acte complexe, qui a de nombreuses dimensions : physiologique, symbolique, hédonique.

anorexie boulimie

L’anorexie et la boulimie peuvent former un couple paradoxal puisqu’il s’agit de maux assez semblables mais qui se manifestent par des symptômes assez opposés.

En premier lieu, ce qui les oppose sur le plan psychologique c’est que :

  • l’anorexique est dans la maîtrise de son appétit, de ses envies et de ses émotions ;

  • alors que la boulimique est dans la compulsion.

L’un et l’autre sont de façon très différentes des passionnés de nourriture. Plus l’appétit est réprimé, plus les envies de manger sont exacerbées et peuvent devenir des obsessions. L’un est l’image inversée de l’autre : l’un a peur de manger et de devenir l’autre, l’anorexique a peur de devenir boulimique car il a très envie de manger mais se retient beaucoup, et le boulimique rêve de devenir anorexique parce qu’il aimerait bien être capable de se retenir et de se maîtriser comme l’anorexique. Au fond, il y a beaucoup de problèmes communs mais les manifestations sont opposées.

Pour l’anorexique, le paradoxe réside dans le fait que plus elle est transparente, plus elle est vue. Dans sa relation à soi et aux autres, il y a également quelque chose de contradictoire puisqu’il s’agit de faire le contraire de ce qu’on désire. Souvent, l’anorexique essaie de montrer aux autres les aspects les plus héroïques du soi (admirable pour ses capacités de maîtrise), et va réserver les aspects les plus ingrats et insatisfaisants pour son entourage proche (les aspects dépressifs).

La mère est souvent l’interlocutrice privilégiée de ces personnes qui souffrent de troubles du comportement alimentaire ; et c’est souvent elle qui va être spectatrice de l’évolution de sa fille, même si dans un premier temps elle est dans le déni de cette évolution pathologique.

Les rôles parentaux sont souvent très partagés, de manière presque spectaculaire, c’est à dire un parent qui est bon et l’autre qui est perçu comme mauvais. Très souvent, l’anorexique réserve les plaintes et les aspects ingrats à la mère et les aspects positifs et gratifiants de la relation au père.

Les plaisirs dans les échanges avec les parents sont souvent très difficiles, les relations sont pleines de contraintes et à tonalité sado-masochiste notamment lorsque les parents sont conscients des troubles du comportement alimentaire et ont comme soucis majeur de faire manger l’anorexique ou d’empêcher le boulimique de manger. Ce sont des relations assez chargées, très conflictuelles, et c’est difficile de trouver des moments de plaisir partagé dans la relation.

La plupart du temps, les parents sont pendant longtemps dans le déni du trouble parce qu’ils croient tout connaître de leur fille, ils ont du mal à comprendre et analyser qu’il y a une part de leur fille qui leur échappe, qui est inconnue et qui ne correspond pas à la petite fille modèle qu’elle essaie de montrer en permanence.

Ce qui est difficile pour le sujet et qui va le bloquer dans sa guérison, c’est que de plus en plus la personne va s’identifier à ses symptômes, et aura tendance à se créer une identité à travers le symptôme. Ce symptôme pourra prendre un caractère fascinant pour les autres au point que l’anorexique se dit (inconsciemment le plus souvent) que : « si je ne suis pas anorexique, finalement qui suis-je ? Si je ne suis pas obsédé par la nourriture, qu’est ce que je suis ? Qu’est ce que je deviens ? »

La femme infidèle

 

La femme infidèle

Peut-on vraiment distinguer l’infidélité féminine de l’infidélité masculine? Est-ce que, comme on l’entend parfois, les femmes sont incapables de séparer le plaisir de l’amour ou bien les femmes nouvelles générations peuvent-elles surfer sur la vague du plaisir sans jamais avoir à en souffrir ?

Ce qui ressort du discours des patientes actuellement c’est bien plutôt la dissociation d’une relation conjugale et familiale stable avec, à côté, une ou plusieurs autres relations amoureuses, sources de jouissance.

Pour les femmes, il sera difficilement supportable de ne recevoir qu’une gratification sexuelle de la part de leurs amants. Seul l’amour permet de masquer la crudité du désir et c’est pourquoi il est valorisé et recherché par elles, même dans l’adultère.

Finalement, comme dans une relation « officielle », l’intrication du désir et de l’amour est toujours présente, au risque sinon de vivre un sentiment de déchéance et d’objectalisation (« je ne suis qu’un objet sexuel pour lui »). Même parmi les femmes qui vivent bien leur sexualité, il n’est pas rare que le doute s’insinue parfois lorsqu’elles se demandent si ce ne sont pas des salopes…

Les femmes, des amoureuses passionnées !

A la différence des hommes qui ont tendance à s’en méfier, les femmes sont attirées par les histoires d’amour, comme en témoigne d’ailleurs la littérature féminine.

Nous pourrions dire en quelque sorte qu’avec son amant elle cherche à revivre les débuts passionnés d’une relation amoureuse. Cet effet « lune de miel » de la rencontre amoureuse (1) amène chez celle qui le vit un gonflement narcissique, une impression de vivre intensément ou de revivre, de se sentir débordée de féminité … S’y ajoute évidemment la jouissance de transgresser un interdit. 

Chez les femmes infidèles, on trouve la recherche de régression vers un univers de caresses, d’un bercement dans un bain de paroles, se laissant être possédée par son amant, s’abandonnant à celui-ci, et se laissant être effractées par les forces pulsionnelles à l’intérieur d’elles-mêmes. Dans la littérature féminine, des pages entières sont consacrées à la séduction et aux préliminaires entre deux personnes, mais pratiquement aucunes lignes sur l’acte sexuel en lui-même(2).

Les relations adultères se situeront pour elles du côté de la passion amoureuse, alors que l’amour sera du côté du mari. Notons que cette possibilité de s’adonner à ces relations parcellaires n’est possible que grâce à la présence du mari, garant de la loi et du cadre. Elles sont en quelque sorte protégées par lui, les empêchant de se perdre dans les tourments de la passion. 

Le cas de René et d’Agnès (3)

René apprend l’infidélité de son épouse Agnès, avec qui il est marié depuis 10 ans. Ils avaient accueillit le neveu de René chez eux, et durant son hébergement, il a noué une relation intime avec Agnès. Déjà depuis un an, elle lui reprochait son manque d’ardeur sexuelle. De son côté, René se sentait humilié de la faiblesse de ses érections et de ses éjaculations toujours trop précoces, intervenant lorsqu’il s’imagine tout le plaisir que son épouse pourrait éprouver dans les bras d’amants prestigieux. Agnès a fini par lui avouer son infidélité lorsqu’elle a appris que son amant ne lui était pas fidèle, pour se venger de lui. Si au départ elle lui avoue, c’est qu’elle pense qu’il va lui donner une bonne correction. Mais, il n’en est rien ! René décide de mettre son neveu dehors et de jouer le rôle de mari au grand cœur en lui pardonnant et en la consolant. Agnès perd un amant mais découvre alors un mari digne d’être aimé et de la rendre heureuse. De son côté René peut enfin prendre la place d’un mari.

France Bernard

1- La rencontre amoureuse, Thème 1 « le couple, généralités »

2- A. Houel, L’adultère au féminin et son roman, Armand Colin, Paris, 1999, p.116

3- R. Viry, Psychopathologie de la vie amoureuse, Etudes de cas, Presses Universitaires de Nancy, 1998, pp.124-127

Que sais-je? Le Burn out (livre)

Que-sais-je ?

Le burn out

de Philippe Zawieja

De la baisse de régime à la surchauffe.

Au travail, vous vous sentez apathique ou au contraire, surinvesti. Vous vous montrez cynique envers vos collègues. Vous souffrez de ne pas être reconnu à votre juste valeurque sais je burn out. Vous avez perdu confiance en vous. Alors vous faîtes peut-être partie des 5 à 10% de la population active victimes de burn out. Omniprésent dans le langage courant et dans les médias, ce mot a fini par désigner toutes les formes de fatigue liée au travail. Pour clarifier la situation, le présent ouvrage adopte une démarche psychosociologique, tout en puisant ses exemples dans la psychologie, la psychanalyse, la sociologue, les sciences du management, la médecine ou la philosophie… Une telle approche est en effet indispensable pour se faire une idée globale, et parfois critique du burn out.

Philippe Zawieja est Docteur en sciences et génie des activités à risque, chercheur associé au centre de recherche sur les risques et les crises des Mines Paris Tech. Avec Franck Guarnieri, il a dirigé le Dictionnaire des risques psychosociaux (Seuil, 2014).

Le Burn out

Définitions: pour le Larousse, c’est un syndrome d’épuisement professionnel. On retrouve une fatigue psychique et physique accompagnée d’un sentiment d’impuissance et de désespoir.

imagesLa définition la plus consensuelle concernant le burn out est celle de Schaufeli et Enzmann : «le burn out est un état d’esprit durable, négatif et lié au travail affectant des individus «normaux». Il est d’abord marqué par l’épuisement, accompagné d’anxiété et de stress dépassé, d’un sentiment d’amoindrissement de l’efficacité, d’une chute de la motivation et du développement de comportements dysfonctionnels au travail. Cette condition psychique est progressive et peut longtemps passer inaperçue du sujet lui-même. Elle résulte d’une inadéquation entre les intentions et la réalité professionnelle. Le burn out s’installe en raisons de mauvaises stratégies d’adaptation associées au syndrome, souvent auto-entretenu.»

L’origine de burn out : c’est aux USA que Bradley a lancé le mot, mot qui fut ensuite repris par Freudenberger, psychanalyste, en 1974. Il l’a utilisé pour décrire ce dont il a lui même était victime : « en tant que psychanalyste et praticien je me suis rendue compte que les gens sont victimes d’incendies, tout comme les immeuble (…) face à notre monde complexe, notre psychisme finit par se consumer et se détruire sous son effet malgré le côté intact à l’extérieur. »

C’est une pathologie «limite» dans le sens où elle se situe entre le monde extérieur et le psychisme. Elle est due à un dysfonctionnement entre le sujet et le monde extérieur. Il y a une potentialité psychique chez la personne mais une exigence extérieur vient la bloquer (en général, venant du monde du travail), et cette potentialité va se retourner contre le sujet lui-même. La cause serait un court-circuit entre les désirs internes du sujet et les souhaits du monde extérieur.

Ce n’est pas une question de position sociale, tout le monde est touché. Aujourd’hui, 3 000 000 de français seraient exposés : 12% des actifs, 23% des agriculteurs, 19% des artisans et des chefs d’entreprise, ainsi que 19% des cadres. Les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes dans toutes ces catégories. Le burn out étant lié à l’emploi, au monde social, les chômeurs également sont susceptibles de faire un burn out.

Les symptômes

Le burn out est un syndrome et non une maladie, on a du mal à la qualifier car les symptômes apparaissent en positif ou en négatif comme dans le cas de la fatigue: «je me sens toujours fatiguée» avec le paradoxe dans certains cas où la personne ne l’est jamais.

1) la fatigue : elle est sans commune mesure avec la charge de travail. La personne pourra dire « je me sens toujours fatiguée », avec le paradoxe dans certains cas où la personne ne ressent jamais aucune fatigue.

2) la chute de l’estime de soi: un sentiment d’inutilité envahit le sujet. Il se met à penser qu’il n’y arrivera jamais (ceux qui n’ont pas de postes importants ne peuvent se raccrocher à l’image que leur renvoie leur position au sein de l’entreprise). Le narcissisme est touché de façon plus intense que dans la dépression. Ce signe est également à double sens car dans d’autres cas, le narcissisme est exacerbé avec des personnes qui auront le sentiment d’être indispensable « sans moi, les choses ne vont pas fonctionner ».

3) le désespoir : avec l’idée que cela ne passera pas.

4) un épuisement psychique, une incapacité de penser : les personnes vont se plaindre que leur tête est vide, que cela ne circule plus à l’intérieur.

5) L’isolement avec l’entourage : tendance à s’éloigner de ses proches.

6) Le désintérêt pour tout: le monde étant trop charger, trop excitant et stimulant, ils finissent par bloquer toute potentialité de communication avec les autres alors que cela pourrait leur permettre de ré-investir d’autres activités et relations que le travail.

7) troubles psychosomatiques et physiques : les troubles psychosomatiques ne sont pas une si mauvaises choses ici, cela veut dire que les affects trouvent encore un moyen de s’exprimer et que le corps continue à se battre (c’est plutôt un bon signe sauf si cela est chronique).

8) La tentation d’en finir : si le déprimé peut en jouer, ici, la personne n’en parle pas et risque de passer à l’acte (ce qui est congruent avec le retrait vis à vis des proches).

9) les comportements à risque

10) le sujet ne voit rien venir et nie les signes d’avertissement : là encore c’est une différence avec la dépression. Les sujets ne voient pas qu’ils s’enfoncent peu à peu. Ils ont une conviction interne que cela ne dépend que d’eux (« je vais m’en sortir et gérer »), alors que le déprimé est tourné vers l’extérieur (« on ne m’aime pas », « les autres ne veulent pas que je réussisse »). Ce sont des gens qui ont une haute estime d’eux même et se disent qu’ils ont la capacité de s’en sortir. Cette croyance en leurs capacités fait que ce sont des gens qui ne viennent pas beaucoup consulter.

Les signes sont très variables d’un sujet à l’autre, ils peuvent également s’inverser. C’est leur assemblage dans un contexte professionnel qui permettra le diagnostic de burn out.

Origine immédiate

– L’exaltation de la performance individuelle : le sujet vit dans un contexte où la performance est au centre du système, à tout prix.

– La disparition de la relation transversale au profit de la relation verticale : peu à peu la relation horizontale s’est émiettée (le groupe de collègues), au profit du patron qui pourtant ne respecte pas l’autre, le patron vise la tâche à accomplir, la performance et non le sujet en tant que tel (« vous ne m’intéressez pas si vous ne décrochez pas le marché, vous êtes remplaçables »). Au niveau des collègues, il va régner la rivalité et la compétition individuelle pour répondre aux exigences du patron, et non l’entraide (d’où l’émiettement des relations horizontales).

– Une souffrance éthique : c’est à dire une souffrance vis à vis de ses idéaux, des choses qu’on est obligé de faire mais qui sont en désaccord avec nos idéaux, c’est donc source de souffrance morale. Demander de renoncer à ses idéaux rejoint les situations de harcèlement moral.

– Lorsqu’une entreprise suscite des burn out, les autres restent dans le silence : la tendance à s’isoler des sujets faisant en burn out fait écho au silence des autres dans l’entreprise.

– Un investissement trop intense, sans limites, totalitaire du travail : au départ, ils investissent d’autres choses que le travail mais peu à peu il n’y aura plus que cela qu’ils investiront.

2- Le point de vue psychologique

Dans le cas du burn out, l’affect qui prédomine est la culpabilité. Elle est centrale : si je suis coupable, je ne suis bon qu’à être jeté au feu ( punition d’aller brûler en enfer = burn out). C’est l’idée que la culpabilité va mener le sujet à la destruction. Ce sont de sujets qui ont une culpabilité énorme avant que tout cela n’arrive et c’est sur cette culpabilité que peuvent jouer les patrons. Les personnes qui culpabilisent en général beaucoup sont des proies toutes trouvées pour le burn out car elles réagissent toujours comme si elles étaient coupables. Cette culpabilité va amener le sujet à penser « je ne suis bon à rien ».

Le sujet : il est désinséré, il n’est plus dans l’intersubjectivité, et c’est en nous parlant à nous, thérapeute, comme sujet qu’il pourrait se réinsérer dans l’intersubjectivité et travailler sur toute cette culpabilité. Le plus important est de ne pas rétablir une situation de domination car c’est ce qui risque de se rejouer dans la relation thérapeutique.

Le désir : lorsque quelqu’un s’est investit dans le travail à s’en rendre malade, c’est qu’il a confondu le désir projet avec le projet. C’est primordial de voir ce qu’il se passe autour de ce collage au travail.

L’idéal : il va cadrer le désir et lui permettre de trouver sa place, d’avoir des perspectives importantes. Lorsqu’il ne peut pas être respecté (comme dans les cas de burn out), cela devient tragique, l’idéal devient persécuteur et la culpabilité nous écrase.

Soigner un sujet atteint de burn out

Dans l’action directe (avant la thérapie, de l’extérieur) :

Tout doit être mis en place pour casser l’investissement totalitaire du travail (c’est suicidaire humainement et psychologiquement). C’est « confortable » pour le sujet car il n’a qu’une visée : tout investir dans le travail, sur une seule chose. Il faut inciter le sujet à avoir un hobby, de reprendre une vie de famille, inviter des amis ou encore remettre l’importance de la vie sexuelle au sein du couple. Il faut que le sujet se restaure un réseau (remise en mouvement de l’intersubjectivité) : c’est fondamentale que cela reprenne.

L’action psychique :

Il s’agit de débuter dans un premier temps une psychothérapie en face à face (il faut qu’ils puissent vider leur trop pleins avant de faire une analyse s’ils le désirent). Il y a des entendu réel de sa vie qui sont indispensables.

Il va falloir parler des idéaux et lui faire parler de ses idéaux, car le burn out est une attaque des soubassements éthiques de leur identité (liaison entre idéaux et identité).

Il s’agit d’aller interroger le désir et peu à peu travailler à dégager le désir de l’engagement professionnel avec lequel il a été confondu. Le désir projet ne doit pas être confondu avec l’engagement car c’est une façon de soumettre la vie psychique à une réalité matérielle. En effet, plus vous avez de possibilité moins vous êtes dépendants de la réalité qu’on vous impose.

La dépression, qu’est-ce que c’est?

L’état dépressif est une perturbation de l’humeur dans le sens négatif, celui de la tristesse, de la souffrance intérieure. Il peut survenir après un événement (comme la perte d’un proche), ou encore, sans raison apparente pour la personne (« je ne comprends pas pourquoi je suis aussi mal alors que tout va bien dans ma vie. »). Ce qu’il est important de prendre en comptedepression c’est qu’il existe différents degrés (intensité) de la dépression (légère, modérée et sévère), et que plus elle s’installe, plus il est difficile d’y faire face.

La première chose qui prend des allures pathologiques c’est le sommeil. Il faut avoir en tête que tous les symptômes ne s’expriment pas chez tout le monde, et selon la même intensité. Cet article ne concerne pas les troubles bipolaires (alternance de phases mélancoliques et de phases maniaques).

Pour parler d’état dépressif et non simplement d’émotions ou d’affects dépressifs, il faut que cette dépression de l’humeur atteigne une durée et une intensité telles qu’elles entraînent des conséquences constatables sur la vie psychique,  somatique et relationnelle.

Au niveau de l’humeur :

  • vision pessimiste de soi et du monde (par exemple autodévalorisation) ;

  • émoussement affectif (perte de plaisir et d’intérêt)

  • instabilité des affects (irritabilité, impulsivité, crises de larme)

Ralentissement de la pensée et dans le corps :

  • au niveau intellectuel, on pourra observer un ralentissement du débit verbal, des troubles de l’attention, de la concentration et de la mémoire ou encore une impression d’écoulement lent du temps.

  • Au niveau moteur, le corps se ralentit (lenteur de la marche, voix monocorde)

Les symptômes somatiques :

  • troubles du sommeil (éveil matinal précoce, troubles de l’endormissement…)

  • troubles de l’alimentation (anorexie ou hyperphagie)

  • troubles de la sexualité (baisse de la libido, impuissance et frigidité)

  • troubles somatiques divers (mal de tête, palpitations, constipation, douleurs musculaires, nausées, vertiges etc.)

Les différentes formes de dépressions

  1. Les dépressions « endogènes »

Ici, la personne se déprime sans qu’il y ait de rapport avec ce qu’elle vit. La raison est à rechercher dans l’histoire du sujet, en rapport à son vécu infantile. Quelque chose au sein du fonctionnement psychique pose problème sans que la personne en ait conscience.

  1. les dépressions réactionnelles

Elles sont en lien avec un événement extérieur : le deuil ; la dépression post-partum (après la naissance d’un enfant) ; la dépression du sujet âgé ; la dépression survenant à la suite d’une maladie organique.

  1. la dépression d’épuisement

C’est une forme particulière de dépression réactionnelle qui survient à la suite d’un surmenage émotionnel prolongé ou répété. L’évènement stressant est davantage un conflit permanent d’ordre familial, professionnel, moral mais dans tous les cas les tensions émotionnelles qui sont en cause sont étroitement liées au milieu dans lequel vit le sujet.

  1. la dépression de l’adolescent et du sujet âgé

Chez l’adolescent, c’est particulièrement le décalage entre ses désirs et la réalité qui peut entrainer une dépression. Chez le sujet âgé, c’est le constat de la fin de vie à venir qui peut venir fragiliser.

  1. La dépression masquée

Elle est caractérisée par le « masquage » des symptômes dépressifs par d’autres symptômes :

  • dépression masquée somatique (les plaintes sont vagues concernant le corps et variables ; le peu d’anxiété rattachée à ces plaintes ; la normalité des bilans organiques et le déni farouche de toute dépression).

  • Masquée par des conduites alimentaires (anorexie, boulimie) ou conduites d’addiction (toxique, alcool).