Les mécanismes de la jalousie

Nos rencontres nous apportent du plaisir, c’est bien pour cela que nous cherchons le contact avec les autres. Rendre service, discuter avec un ami d’un sujet qui nous passionne ou encore aimer plaire aux autres et capter leurs regards sont autant de buts que nous cherchons à satisfaire dans nos relations.

Lorsque le jaloux s’insurge des échanges que sa partenaire a avec les autres, c’est qu’en effet il perçoit qu’elle prend du plaisir avec d’autres que lui ! Seulement, il se trompe alors de scène…

Le sexuel en société

Dans toutes relations (amicales, professionnelles), il y a du sexuel. Les relations en sont infiltrées. Lorsque nous parlons de « sexuel », c’est pour désigner la source de la pulsion qui recherche la satisfaction, satisfaction qui ne se résume pas à la relation sexuelle, mais se décline de nombreuses manières : être vu, être écouté, briller etc.

Le jaloux n’a donc pas tout à fait tort, c’est à dire qu’il perçoit les coulisses, l’envers sexuel de la réalité sociale. Tout comme il n’a pas complètement tort lorsqu’il reproche à l’autre de désirer ailleurs. Seulement alors, il ne fonctionne plus sur un plan de la réalité extérieure mais sur le plan fantasmatique et inconscient. 

La tyrannie du jaloux

La jalousie peut s’exprimer par une simple remarque du partenaire sur une sortie avec des amis et aller jusqu’à la dispute et la crise de jalousie. Certains couples sont coutumiers de ce type d’échanges. 

Le jaloux qui aime et désir sa partenaire exige en retour, pour cet amour, d’être lui-même désiré et aimé. Seulement cette exigence est tellement forte qu’il en vient à ne plus reconnaître ce même droit à l’autre et finit par se comporter comme un tyran.

Dans certains cas, il peut lui même pousser l’autre à l’adultère : emprisonné(e) par la jalousie de l’autre, l’adultère peut être une solution « trouvé(e) » pour s’extraire de ce schéma, passage à l’acte qui symbolise une affirmation de soi.  

Fiction et illusion dans la réalité

La fascination exercée par la jalousie et sa présence récurrente dans les œuvres sont à la mesure du désir de réaménagement de la réalité qui nous fait tant aimer les histoires.  Et le jaloux en est un inventeur génial, en même temps qu’un consommateur effréné : s’enfermant dans un cercle vicieux, il en créer et s’en nourrit sans fin. Il se met à imaginer la réalité elle-même. 

La jalousie est avant tout une fiction que le sujet entretient et nourrit, fiction qui devient alors objet de souffrance et de torture.

L’exemple d’Othello(1) est assez parlant puisque Iago va lui proposer une interprétation des faits complètement erronés concernant son épouse : il va revisiter chaque geste, parole ou sourire pour en proposer une version différente. Othello va peu à peu y adhérer, et chaque élément de la réalité sera interprété sous l’œil de la méfiance et du soupçon.

Souffrance et jouissance  

La liaison entre souffrance et jouissance est bien mise en lumière dans l’article d’Alain Valtier (2). Le patient imagine sans cesse sa nouvelle compagne avec son ancien amant avec qui pourtant elle n’est plus en contact : « je n’ai jamais douté une seconde de son amour, mais je suis horrifié des rejets qui me viennent quand j’imagine leurs jeux érotiques. Je me fais des scénarios fabuleux, c’est infernal, je baigne dans le fiel, c’est plus fort que moi. Leurs ébats me sont autant insupportables qu’inoubliables. »

L’emploi du terme « scénarios fabuleux » montre bien la dimension de plaisir pris dans la souffrance. Le jaloux s’imagine souvent qu’un autre homme serait un meilleur amant qu’il ne l’est lui-même. Toutes ces pensées sont à la fois source d’une très grande souffrance, tout comme une source d’excitation physique lorsque le sujet y pense sans relâche et s’en trouve complètement prisonnier. Othello tuera Desdémone pas seulement pour la punir de son infidélité imaginaire, mais aussi pour se libérer du système dans lequel il est enfermé. 

France Bernard

1- W. Shakespeare, Othello, ed. Librio, 2003

2 – Alain Valtier, Jaloux! Moi, Jamais, In Patrick de Neuter et al., Clinique du couple, 2007, pp 149-166


Livre : La névrose obsessionnelle

La névrose obsessionnelle

                                                                                                   de Catherine Couvreur

L’évolution contemporaine des traitements donne une grande acuité aux questions pratiques et théoriques que pose la névrose obsessionnelle : en psychiatrie celle de savoir quelle place laissent à la psychanalyse les traitements chimiothérapiques et comportementaux, en psychanalyse celle de l’opportunité du démembrement du cadre nosographique créé par Freud. Ce livre explicite l’essentiel des conceptions psychanalytiques de la névrose obsessionnelle, en les situant dans le cheminement de la réflexion de Freud, ainsi que dans l’évolution ultérieure, telle qu’elle résulte notamment de la confrontation de la psychanalyse aux états limites, aux perversions, aux psychoses, et aussi aux formes de l’enfant et de l’adolescent dont le traitement peut avoir valeur préventive. Les diverses contributions à cet ouvrage ouvrent de nouvelles perspectives dans plusieurs directions : les modalités de la régression pulsionnelle, les caractéristiques du fonctionnement psychique et de la pensée, mais aussi, notamment, les notions d’analité primaire, de relation d’emprise maternelle et de désir de savoir. Les divers chapitres de ce livre ont été écrits par des psychanalystes, auteurs de nombreux travaux, membres de l’Association psychanalytique internationale, les uns de la Société psychanalytique de Paris, les autres de l’Association psychanalytique de France.

La névrose obsessionnelle

La névrose obsessionnelle est définie par l’association d’une personnalité obsessionnelle à des symptômes obsessionnels qui peuvent être de deux types : les pensées obsédantes et les rituels, les compulsions.

La névrose obsessionnelle se définit par le caractère forcé (compulsionnel) de sentiments, d’idées ou de conduites qui s’imposent au sujet et l’entraînent dans une lutte inépuisable, sans qu’il cesse pourtant de considérer lui-même ce parasitisme incoercible comme dérisoire. D’où dans le caractère une lutte et une conscience de la maladie. Dans l’obsession, la pensée est « assiégée » par des idées (les idées obsédantes) et le sujet va tenter de s’en défendre par des actions (rituels).

Mais la névrose obsessionnelle doit se définir aussi par la structure propre de la personne de l’obsédé, entièrement soumise aux obligations qui lui interdisent d’être lui-même.

La névrose obsessionnelle se constitue progressivement et le plus souvent à la puberté ou au moment où se posent les problèmes importants de l’existence. C’est presque toujours -comme la plupart des névroses- quand il se trouve face aux problèmes fondamentaux de l’amour et de la coexistence avec autrui que le sujet déclenche inconsciemment son système d’interdiction obsessionnelles.

Rappelons que les traits de caractères répondant à la névrose obsessionnelle se rencontrent sous forme atténuée, en l’absence de symptômes précédemment décrits.

Résumé de la névrose obsessionnelle:

1. Une personnalité obsessionnelle (nous la décrirons plus loin)

2. Les symptômes

  1. le sujet est envahi par des idées obsédantes qui s’imposent à lui malgré : c’est la pensée compulsionnelle.

  2. il a tendance à des actes agressifs, impulsifs particulièrement redoutés ou non désirés : c’est l’activité compulsive. Le malade se plaint en effet de « ne pouvoir se retenir » qu’à grand-peine de se laisser aller à un acte qu’il ne veut pas commettre. Que l’acte soit ridicule, odieux, grotesque, sacrilège ou criminel, il est toujours un acte chargé d’agressivité contre le sujet ou contre autrui et c’est parce qu’il ne doit pas se faire que l’obsédé se trouve dans l’obligation de l’accomplir. Le plus souvent, c’est seulement à titre d’ébauche presque symbolique.

  3. Il se sent forcé à accomplir des actes répétitifs de caractère symbolique : ce sont les rites de la pensée magique (toucher trois fois une porte en pensant qu’un malheur arriverait s’il ne le faisait pas).

  4. Cette lutte épuisante est à la fois l’effet et la cause d’une grande fatigue psychique (psychasthénie).

=> L’ensemble de ces symptômes mérite le nom classique « d’obsession », car le malade s’assiège lui-même.

Les symptômes

  1. Le domaine de la pensée : les obsessions

Les obsessions sont des idées, des affects ou des images qui surviennent de façon parasite dans la pensée. Elles s’imposent de façon répétée et involontaire à la conscience du sujet. Le sujet reconnaît cette pensée comme sienne malgré son caractère absurde, pathologique et egodystonique (conscience du caractère inadaptée des conduites).

La lutte anxieuse, déclenchée par des telles idées, tend à envahir l’activité mentale du sujet. Le sujet est alors assailli de doutes, de pensées magiques, de ruminations interminables et enfin de rituels de plus en plus envahissants.

Les obsessions peuvent être la conséquence :

  • D’une idée, d’une image mentale qui entraînent une rumination permanente : obsessions idéatives. Les idées sont d’ordre religieuses, morales, agressives… Les images mentales ou les mots sont obscènes, dégoûtants ou encore absurdes. Les conséquences de telles interrogations entraînent le patient dans des ruminations sans fin, des scrupules perfectionnistes, une vie uniquement imaginaire. La folie du doute, par exemple, amène le sujet à douter de la responsabilité de ses actes ou de ses idées présentes, passées et à venir.

  • d’une peur permanente d’une maladie, d’une contamination : obsession phobique. A l’inverse des symptômes de la névrose phobique, la peur existe en dehors de la situation ou de l’objet phobogène puisque seul intervient, dans l’obsession, la pensée.

  • d’une peur de commettre un acte répréhensible : obsessions impulsives.

Le thème des obsessions reflètent en partie les formations réactionnelles que le sujet développe contre son agressivité inconsciente.

On retrouve les thème de :

  • la moral : folie du doute, maladie des scrupules ;

  • religieux, sacré, métaphysique ;

  • ordre, symétrie, précision, cloisonnement topographique ;

  • pureté, soucis de protection corporelle contre les contaminations, les souillures

  • sexualité : homosexualité, rapports sexuels pervers ;

  • agressivité : peur d’être agressif envers soi-même ou les autres ;

  • écoulement du temps.

  1. Domaine des actes : les compulsions et les rituels

Le sujet se sent obligé de les faire pour réduire ou prévenir l’angoisse. Les compulsions et les rituels ont les mêmes caractéristiques que les obsessions, à la différence près que ce sont des actes et non des pensées que le sujet se sent obligé d’accomplir.

On retrouve le caractère absurde, ridicule voire immoral de l’acte que le sujet s’oblige à exécuter. Toutefois, à la différence des obsessions impulsives, l’acte n’a pas le même caractère ou dangereux pour le sujet ou pour l’entourage.

Les compulsions sont des actes répétitifs qui s’imposent au sujet et qu’il ne peut s’empêcher d’accomplir.

Les rituels et les vérifications sont des formes plus élaborées, plus complexes d’actes compulsifs. Ce sont des séquences d’actes élémentaires, portant sur des actions quotidiennes, que le sujet s’oblige à effectuer : habillage, toilette, coucher, défécation, cuisine etc.

La personnalité obsessionnelle

  1. L’élément psychasténique

La psychasthénie est une forme particulière de fatigue vécue à la fois sur un versant corporelle et psychique, mais résultant directement de facteurs psychologiques.

Cette asthénie résulte de la lutte intérieure intense du sujet, de son ambitendance (incapacité à faire un choix entre deux désirs, deux choix, deux décisions), mais également de la crainte de situation nouvelle qui risquerait d’entraîner de nouveaux débats ou luttes.

Elle forme la toile de fond de l’activité compulsive et elle est vécue habituellement dans une atmosphère subdépressive chronique expliquant le recours possible aux drogues et stimulants divers. Elle est également fortement culpabilisée.

  1. Le système compulsif

On retrouve :

  • une agitation psychomotrice : tics, stéréotypies, gestes conjuratoires ;

  • une agitation idéo-verbale : ruminations, litanies ;

  • phobies d’impulsion

  1. Les traits de caractères issus du conflit à l’intérieur du sujet

Les traits premiers du caractère sadique-anal sont :

  • la satisfaction au niveau du plaisir anal 

  • et l’agressivité sadique contre le dressage à la propreté.

De l’érotisme anal découlent les traits de caractères suivants :

  • obstination et entêtement ;

  • collectionnisme et difficultés à abandonner les objets ;

  • angoisse devant la séparation

  • saleté.

De l’agressivité sadique :

  • injures scatologiques ;

  • cruauté envers les faibles ;

  • rébellion contre l’autorité ;

  • tyrannie.

Mais la personnalité élabore des formations réactionnelles opposées à ces satisfactions dans la mesure où elles sont prohibées par une partie du sujet :

Contre l’érotisme anal :

  • Tendances aux cadeaux, résignation, soumission ;

  • Prodigalité (générosité) ;

  • Propreté excessive.

Contre l’agressivité sadique :

  • Politesse, obséquiosité ;

  • bonté, défense des faibles, justice ;

  • respect de toute autorité.

  1. Le rapport à la mort

Il a une peur importante de la mort. Tous les actes, les rituels et obsessions sont là pour contrôler le temps, et donc la mort.

A lire sur le sujet : La névrose obsessionnelle, de Catherine Couvreur (1993)

La jalousie, préambule

La jalousie est un sentiment humain vécu par tous mais qui n’a pas toujours bonne presse. Elle est à la fois susceptible de montrer à l’autre qu’on tient à lui, ou au contraire mener à des actes et des conduites extrêmes. On la retrouve dans un versant tragique sous la plume de Shakespeare où Othello va jusqu’au meurtre de sa femme ; ou plus quotidiennement au sein des couples au sujet de sorties nocturnes, de fréquentations etc.

Définitions

Dans une première définition, c’est un « sentiment hostile qu’on éprouve en voyant un autre jouir d’un avantage qu’on ne possède pas ou qu’on désirerait posséder seul » ; 

Une deuxième met l’accent sur l’idée de la perte et de la souffrance : « sentiment douloureux que font naître les exigences d’un amour inquiet, le désir de possession exclusive de la personne aimée, de la crainte de son infidélité. » 

Dans les deux cas, nous retrouvons l’idée de possession et de désir.

Bien qu’on pense plus souvent à la jalousie dans le couple, elle touche toutes nos relations sociales : de nos relations fraternelles, amicales, professionnelles à nos relations de voisinage.

Paul Laurent Assoun (1) dégage 4 traits chez l’amoureux(se) : le deuil, la perte (narcissique), l’agressivité et la culpabilité. 

Il y a effectivement l’idée d’une réaction à une perte, qu’elle soit réelle ou imaginaire. Le jaloux vit cette situation comme menaçante, prête à se produire, tout en créant et entretenant cette menace.  

La perte narcissique implique la revendication de son statut de victime, victime de sa partenaire tout comme de celui qui les sépare. 

L’agressivité est plus évidente, c’est à dire que le jaloux en veut à l’autre supposé détenteur de son objet et ayant infligé la blessure. 

La culpabilité, elle, est souvent inconsciente, et se développe à l’ombre de la culpabilisation consciente de l’autre. Il se tient pour en partie responsable, n’ayant pas tout tenté pour que la situation ne se produise. Il y a donc un fond d’auto-reproches. 

La jalousie « normale » 

Tout un chacun ressent de la jalousie à l’égard d’un autre : pour une voisine qu’on estimera plus jolie, ou pour un collègue de bureau de sa femme… Elle est tellement normale, que son absence dans certaines circonstances, parait à ceux qui en sont témoin comme étrange ou bizarre. Beaucoup se vantent dès lors d’être jaloux, comme si c’était une preuve d’amour (l’absence de jalousie serait vécue comme une indifférence pour l’autre). 

La jalousie vient du sujet lui-même, c’est une création de l’imaginaire : on s’imagine que l’autre possède plus que nous ou veut posséder quelque chose que nous avons. Et c’est portée par leur imaginaire que certains vont flamber sur ce terrain, s’imaginant alors que quelqu’un pourrait leur dérober ce qu’ils chérissent, quitte à pour cela, empoisonner la vie de la personne avec qui ils partagent leur vie pour se rassurer.

Son intensité peut être régulée par la réaction du partenaire : tantôt elle pourra apaiser la souffrance du jaloux, ou au contraire aggraver la flambée. Bien entendu, il ne faut pas oublier qu’elle est déjà là, en chacun de nous. La jalousie est un sentiment que nous éprouvons très jeune, et le vécu actuel tire sa source des expériences antérieures. La réaction du partenaire actuel ne fera que l’augmenter ou la diminuer.

                                                                                                                    France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Leçons psychanalytiques sur La Jalousie, 2eme ed., Economica/Anthropos (voir Bibliographie)


La psychanalyse va t-elle disparaître?

La psychanalyse va t-elle disparaître ?

D’Elsa Godart

Le discours dominant prétend que la psychanalyse est périmée. En réalité, elle doit s’adapter. Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui de Freud ni de Lacan. Une société nouvelle entraîne de nouveaux comportements et de nouveaux malaises.
« Dépoussiérer » la psychanalyse, la confronter au contemporain implique de réfléchir à ces symptômes, à la frontière entre le pathologique et le social, en repensant le cadre de la cure, à l’heure des consultations via Skype.
Comment la psychanalyse peut-elle trouver sa place dans un monde dominé par la culture du résultat, de l’efficacité et de la réussite ? Dans un monde où le temps n’a plus de valeur et où l’évaluation chiffrée est permanente ?
En se métamorphosant et en se réinventant nous répond Elsa Godart dans cet essai brillant qui ouvre de passionnantes perspectives.

Les phobies ou l’impossible séparation

                                                                                 d’Irène Diamantis

Il y a ceux qui redoutent les serpents, ceux qui craignent la nuit noire, ceux qui ne supportent pas les portes fermées, ceux qui haïssent l’avion, ceux que la perspective d’un lien amoureux effraie, ceux pour qui le plaisir sexuel est impossible, ceux qui se révèlent incapable de traverser les ponts, ceux qui évitent systématiquement d’emprunter les autoroutes… Chacun de nous apporte sa contribution à liste des phobies.

On réduit souvent la phobie à la peur de certains objets. Explication un peu courte, souligne Irène Diamantis, parce qu’elle manque l’essentiel : le vertige du sujet phobique, qui, au mépris de toute logique, s’installe dans un monde de suppositions où tout devient possible. Car la phobie est véritablement une maladie de la séparation. Alors que le sujet se construit en se séparant de sa mère, la phobie le ramène à un état fusionnel, hors du temps, qui lui interdit de penser.

Illustré de nombreux cas cliniques, un regard très novateur sur les phobies ordinaires et moins ordinaires.

Irène Diamantis, membre de la Société de Psychanalyse Freudienne, est psychanalyste. Elle a fait partie de l’équipe du professeur Jenny Aubry à l’hôpital Necker-Enfants-Malades et a enseigné à l’université Paris VIII et au Collège international de philosophie.

Les phobies

Les phobies

Phobie vient du terme grec « phobos »qui veut dire crainte soudaine, effroi. C’est Freud qui a individualité la névrose phobique ou hystérie d’angoisse.

Trois grands types de phobies sont actuellement décrits : les phobies de situation, les phobies sociales et les phobies simples.

La plupart des enfants présentent un état phobique vers 3 ans, qui n’a pas de caractère stable ni pathologique en lui-même, mis à part les phobies scolaires et certaines formes d’angoisse de séparation.

Selon Burns (1980), la prévalence de tous les types de phobies chez l’adulte est de 7,6% de la population générale mais seulement 2 à 3 % demandent un traitement. L’âge moyen de début est de 16 ans. Cependant, l’agoraphobie (peur à l’extérieur) débute en moyenne à 28 ans. La demande de traitement est surtout le fait des agoraphobes qui sont particulièrement handicapés.

La phobie est une peur spécifique intense dont le stimulus est projeté à l’extérieur, et fixé à certaines situations, certains êtres bien déterminés.

      1. Projection : l’angoisse qui appartient au sujet va être projeté à l’extérieur.

      2. Déplacement : L’angoisse ne sera plus à l’intérieur du sujet mais fixé sur un objet extérieur, et c’est l’objet extérieur qui va devenir l’objet de l’angoisse.

On peut alors définir la névrose phobique comme une affection caractérisée par la projection de l’angoisse sur des êtres vivants ou non, des situations ou des actes qui deviennent l’objet d’une terreur paralysante.

L’objet de la phobie est bien défini, bien connu et redouté du patient. Il est à l’extérieur, localisable dans le temps et l’espace. Il peut être rattaché à l’intérieur du sujet en particulier dans les phobies limites et les phobies d’impulsion, on s’éloigne ici de la névrose phobique.

La réaction du sujet  lorsqu’il se trouve en présence de cette situation, de ce facteur déclenchant, est une grande crise d’angoisse. Elle est vécue en tant qu’affect désagréable, pénible, attente d’un danger avec manifestations somatiques sous des formes aiguës. Il faut signaler la fréquence sinon la constance des vertiges, de la gêne respiratoire, des tendances lipothymiques (peut aller jusqu’à la perte de connaissance). Cette crise d’angoisse est souvent vécue avec l’impression de mort possible sinon prochaine.

I. Les symptômes phobiques

a. Conduites d’évitement

Le phobique évite les situations et les objets phobogènes. Ceci est particulièrement net dans les phobies de situation : le malade agoraphobe suit un trajet défini lorsqu’il sort de chez lui, tel autre prend les transports en commun ; un troisième, claustrophobe, évite l’ascenseur.

b. Conduites de réassurance

Le familier, l’habituel est rassurant : la maison, es objets usuels, et surtout les personnes aimées et proches. Une personne aimée de l’entourage peut servir de mesure de réassurance, mais cela peut être seulement un objet comme une boîte de lexomyl.

Secondairement, les mesures de réassurance peuvent devenir plus symboliques ; ce sont des gestes, des formules, des représentations mentales. Dans ce cas, on se rapproche de la névrose obsessionnelle.

C. Conduites contra-phobiques

Ce sont des conduites où le phobique affronte sa phobie. Ainsi, celui qui a peur du vide devient pilote de ligne, alpiniste par exemple.

=> Les autres symptômes sont fréquemment rencontrés dans toutes les affections sérieuses. Ils sont, pour une part, la conséquence des symptômes phobiques et du caractère du sujet.

D. L’inhibition

Les conduites d’évitement sont déjà des mesures d’inhibition de l’angoisse qui restreignent l’activité du sujet.

L’inhibition sexuelle est habituelle.

Souvent, les sujets phobiques ont du mal à envisager les situations nouvelles ; ils s’en tiennent à leurs habitudes parce que la nouveauté peut leur faire craindre la survenue inopinée de l’angoisse.

E. La dépression

Elle survient lorsque les désirs du sujet ne peuvent être assouvis en raison des restrictions amenées par des mesures contra-phobiques d’évitement. Elle survient aussi dans les phobies d’impulsion, en raison de la peur du passage à l’acte.

F. Les troubles sexuels

La névrose phobique de l’adulte s’accompagne d’une inhibition sexuelle plus ou moins importante et qui peut aboutir à l’absence d’activité sexuelle.

Chez l’homme, cette inhibition se traduit par l’impuissance d’érection ou par l’éjaculation précoce, chez la femme par la frigidité vaginale.

Cette inhibition dans les rapports sexuels a pour conséquence habituelle une activité masturbatoire.

II. Les différentes phobies

A. Les phobies de situation

  1. Agoraphobie

Les facteurs précipitants peuvent être la maladie ou bien une séparation par exemple.

C’est une phobie dans une situation précise (départ du domicile, rue, lieux publics, cinéma…), peur des espaces vides et d’une certaine étendue, peur des rues, des ponts. L’agoraphobe arrive assez rapidement à limiter son activité à un périmètre de sécurité qu’il ne peut dépasser qu’avec l’aide d’une personne amie ou celle d’une automobile.

  1. Claustrophobie

C’est la peur des espaces fermés. Ce que le sujet redoute, c’est la survenue dans cette situation de la crise d’anxiété aiguë qu’il vit comme un risque de mort (peur de l’asphyxie, de la suffocation, de l’écrasement). Le sujet ne supporte pas l’idée de devoir avoir recours à autrui pour entrer en communication avec l’extérieur.

  1. Phobies des moyens de transports

Peur insurmontable de prendre : le métro, l’autobus, l’avion, le train, beaucoup plus rarement la voiture.

Cette phobie participe de la claustrophobie et de la phobie de la foule.

Cette phobie met en œuvre des rationalisations diverses comme la peur de faire un malaise, la peur de mourir ou encore la crainte du regard des autres.

B. Les phobies sociales

La phobie sociale est définie par la peur pour un sujet de se retrouver dans une situation où il se trouvera exposé à l’attention particulière d’autrui et la peur d’agir car il risque d’être soumis à la critique, de se trouver dévalorisé, humilié.

  • peur de parler, d’écrire

  • peur du téléphone

  • de répondre à des questions

  • de passer un examen

  • de manger, de ne pas pouvoir avaler

  • de transpirer, de trembler

C. Les phobies simples

Peur isolée d’une seule situation ou d’un objet à l’exclusion de la peur d’avoir une crise d’angoisse.

  • Sang, soins dentaires, actes médicaux

  • Animaux (gros et petits, phobie infantile)

  • Vertige

  • Orage

  • couteaux

  • Phobie du noir (phobie infantile)

D. Les phobies d’impulsion

Ce sont presque toujours des phobies d’impulsion agressives, peur d’avoir envie de faire du mal à autrui ou à soi-même.

Les phobies d’impulsion suicidaire : peur de se défenestrer, phobies des armes blanches, ou encore phobie de se jeter sous le métro.

Les phobies d’impulsion homicides : phobie d’étrangler son enfant ou encore phobie des armes dans la peur de tuer autrui.

Dans les phobies d’impulsion, le facteur déclenchant n’est plus à l’extérieur. Le sujet éprouve une peur panique d’être poussé à perpétrer un acte agressif. On peut rencontrer des phobies d’impulsion dans la névrose phobique mais habituellement elles témoignent d’une aggravation de la pathologie.

E. Les phobies limites

L’éreutophobie : crainte de rougir en public et de l’angoisse qui en découle. Elle se rencontre surtout chez les jeunes gens. Elle entraîne au début l’utilisation de certains artifices mais arrive souvent à limiter de façon importante l’activité du sujet.

La nosophobie : Crainte des maladies et surtout des plus graves (cancer, leucémie, maladie mentale).

La dysmorphophobie : Crainte obsédante non justifiée d’une modification corporelle localisée, peur d’avoir un vilain nez, des cheveux mal coupés. L’éreutophobie est associée à des dysmorphophobies.

Birraux A., (1994). Éloge de la phobie. Paris, PUF. Coll. Le fil rouge.

Diamantis I., (2003) Les phobies ou l’impossible séparation. Paris, Éditions Flammarion

Ouvrages sur le couple et la sexologie

Ouvrages sur le couple :

Ouvrages de Sexologie

Hypersensibles : trop sensibles pour être heureux?

                                                De Salvério Tomasella

Vous a-t-on déjà dit que vous étiez à vif ou «à cran», «caractériel», «prise de tête», douillet ? S’est-on déjà moqué de vos fréquents accès de larmes, de votre impulsivité ou, au contraire, vous a-t-on reproché vos silences et votre difficulté à communiquer vos sentiments ? Oui ? Il se peut que vous soyez «hypersensible»… Les grands sensibles sont complexes, parfois paradoxaux : émotifs, vulnérables mais aussi empathiques, intuitifs, artistes… Leurs anciennes blessures semblent vives encore et s’ajoutent aux nouvelles, compliquant considérablement leur quotidien. Trop sensible, peut-on être heureux ? Il ne s’agit pas de gérer ses émotions mais plutôt d’apprendre à les vivre, de découvrir les richesses qu’elles peuvent apporter, de considérer son extrême sensibilité comme un trésor à partager. À bien y regarder, sensibilité rime avec humanité : en cela elle peut être source de joie, de créativité, et même, de bonheur !

L’infidélité au service du couple?

Notre propos n’est évidemment pas de prôner l’infidélité comme réussite du couple, ce qui serait complètement absurde ! En effet, il existe des couples qui durent grâce à l’infidélité de l’un des conjoints…

Le discours infidèle

Dans l’article Le genre de la souffrance amoureuse (1), Marie-Carmen Garcia analyse les propos des auteurs de blogs infidèles. Elle met en évidence que derrière l’amoralisme concernant les normes conjugales et sexuelles, une très forte morale perdure concernant les normes familiales.

Les différences qui existent entre les auteurs de blogs porte sur le rapport qu’ils entretiennent avec leur conjoint, ou plutôt l’image qu’ils en donnent à lire.

Dans le premier type de blog, les auteurs mettent en avant une « image conventionnelle du bonheur conjugal valorisant les années passées ensemble, la construction d’une famille, l’élaboration de projets communs, le soutien mutuel, la réussite sociale du couple et une sexualité considérée comme épanouie. »

Dans le second, « le conjoint ou la conjointe sont valorisées physiquement et sexuellement au même titre que les amants et maîtresses (…) Aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces personnes dépeignent une conjointe ou un conjoint parfait. L’explication qu’ils donnent de leur double vie (…) repose sur le fait qu’ils se pensent naturellement infidèles. »

Dans le troisième cas, « d’autres blogueurs et bloggeuses présentent quant à eux, une image en demi-teinte de leur mari ou de leur épouse. Les conjoints sont montrés comme de « bonnes épouses », de « bonnes mères » ou bien comme de « bon pères » et de « bon maris » mais ils ne seraient pas à la hauteur des attentes de leurs conjoints (sexuelles, affectives ou mêmes intellectuelles). »

Le sexe avant tout ? (2;3)

Ce serait une grave erreur de croire que seule la recherche de la satisfaction sexuelle motiverait l’infidélité ! Au contraire, le sexe servirait plutôt à masquer ce qui se joue chez le sujet et dans la relation à son conjoint pour le conduire à l’infidélité…

Daniel, gérant d’entreprise, profitait de chaque vacances d’été de sa famille pour accumuler les conquêtes passagères : « ce sont mes vacances à moi, mes véritables vacances (…) Après quoi je ne les revois plus jamais bien entendu. Mais je suis tranquille le reste de l’année. Je peux dire que j’ai acquis le rythme de croisière qui m’équilibre et équilibre ma famille. »

Amélie, « pourvue d’enfants et d’un mari qu’elle dit aimer et apprécier, n’a tout de même pas réussi à le séparer suffisamment à son goût d’une mère, veuve, dont il est le fils unique et qui, omniprésente, parasite la vie du couple en particulier pendant les week-ends à la campagne. Elle s’est alors mise à inviter des couples d’amis en week-end et s’est arrangé pour faire comprendre à l’invité ce qu’elle attendait de lui (…) C’est à ce prix que je préserve mon équilibre et que je peux vivre mon quotidien comme le souhaitent mon entourage et mon mari en particulier. Si vous saviez comme je peux être aimable avec ma belle-mère. » Elle-même s’étonne de n’éprouver ce besoin qu’à la campagne.

Richard et Claudine sont très liés sentimentalement. Mariés depuis 10 ans, ils sont parents de deux enfants lorsque Claudine apprend les infidélités de Richard. Or, il semblerait qu’il aurait toujours eu des aventures « uniquement sexuelles », en lien avec une absence de désir très ancrée chez elle. Cette impossibilité pour eux de se lier sexuellement conduit Richard à des conduites infidèles.

En reprenant leur histoire, le symptôme du sexuel a toujours été présent. Claudine, femme très pratiquante, n’envisageait pas d’avoir de rapports avec lui avant qu’ils ne soient mariés. Ces aléas vont durer 4 ans. Fragile dans son identité, elle tente de s’équilibrer par la maîtrise et le contrôle de son désir et de sa sexualité : il lui est impossible de s’abandonner à l’autre, de se laisser pénétrer par l’autre et de se laisser aller à ressentir une très grande excitation.

Seulement, l’incapacité pour elle de côtoyer le plaisir via le désir, a ravivé les doutes et les angoisses de Richard quant à sa masculinité, ce qui le conduit à se rassurer hors de son couple par ses défenses habituelles de séduction et de « relations multiples légères ».

Ce n’est pas un hasard si la problématique de ce couple tourne autour du sexuel : ces deux partenaires ne semblent pouvoir se rencontrer, sauf dans une visée procréatrice. Ce qui ressort de l’analyse de leur couple, C’est qu’ils ont une relation conjugale de type fraternel, marquée par des aspects fusionnels : « on nous fait remarquer souvent que Richard et moi, nous nous ressemblons comme frère et sœur. »

L’infidélité de Richard a permis à Claudine de se débarrasser de la sexualité pendant 10 ans mais celle-ci lui revient par la découverte des autres femmes. Que dire à ce couple qui s’aime? Quelle solution peuvent-ils trouver pour rester ensemble malgré tout, puisqu’ils s’aiment et se complètent si bien dans d’autres domaines?

Alice et Jean  forment un couple depuis plusieurs années. Un beau jour, Alice demande à Jean la permission de prendre un amant. Si au départ la situation est maîtrisée, peu à peu les choses se délitent et Jean finira par demander à Alice de mettre un terme à cette relation. Mais pourquoi un amant ? Alice, tout au long de leur union, n’a eu de cesse de faire passer les intérêts du couple avant les siens, se sacrifiant en quelques sortes pour la famille. De son côté, Richard a toujours eu peur de perdre Alice, et se rassure en développant une relation d’emprise avec elle. Les sacrifices d’Alice n’ont fait que renforcer l’emprise de Richard (ne pas travailler pour s’occuper des enfants etc.). Ici, l’infidélité a été le symptôme pour permettre à Alice d’exprimer à Jean l’emprise qu’il exerçait sur elle, tout comme un moyen pour tenter de s’en échapper. Alice prend un amant pour s’en servir comme instrument de différenciation et de séparation.

Si l’infidélité est un moyen pour elle de tenter de réaménager le mode de fonctionnement de leur couple, les répercussions du choix du symptôme leur permettra t-il d’en faire autre chose ? Richard pourra t-il supporter de ne pas fonctionner en emprise avec elle ?

Le comportement adultère vient prendre un sens psychique au sein de la relation, ce dont les individus qui le jouent n’ont parfois absolument pas conscience. Ils s’en saisissent pour mettre à distance l’autre, ou leur couple, se venger du partenaire ou encore trouver des gratifications à l’extérieur, ce qu’un couple qui dure et confronté au quotidien ne peut parfois plus offrir…

Bien entendu, d’autres enjeux sont également à l’œuvre pour que certains choisissent cette voie bien singulière, quand d’autres trouvent d’autres formes d’équilibre (ou de symptômes) à travers une pratique sportive, les sorties, la littérature, les voyages etc.

France Bernard

1- Marie-Carmen Garcia, « Le genre de la souffrance amoureuse. Souffrances et résistances de femmes « maîtresses » d’hommes mariés », Pensées plurielle2015/1 (n°38), p.123-141.

2- Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, septembre 2006, pp.187-222

3- Eric Smadja, Le couple et son histoire, PUF, 2011