La luminothérapie

La luminothérapie est une méthode thérapeutique qui consiste à se soigner par une exposition à la lumière. Selon l’effet thérapeutique recherché, les lampes et le temps d’exposition varient.

Il a été montré qu’un manque de lumière (en particulier l’hiver), ou une exposition lumineuse au mauvais moment de la journée peuvent dérégler notre horloge biologique et impacter tout notre organisme (troubles du sommeil, affects dépressifs, troubles digestifs, fatigue…).

L’horloge biologique est directement sous l’influence de l’alternance jour/nuit. En effet, l’intensité lumineuse du jour va inhiber la sécrétion de mélatonine, cette hormone qui permet à l’organisme de se préparer au sommeil. A l’inverse, à la fin de la journée la baisse de luminosité va au contraire stimuler la production de mélatonine et donc préparer le corps à la période de sommeil. C’est donc l’effet de la lumière sur la production de mélatonine qui va servir de base à la luminothérapie.

Au cours des saisons, le taux de mélatonine varie beaucoup en raison des variations de l’intensité lumineuse journalière. Une journée d’hiver courte et moins lumineuse va dérégler la production de mélatonine et notamment diminuer le pic du soir ce qui peut engendrer des troubles du sommeil. Des séances de luminothérapie lors de cette période permettra de restaurer une sécrétion optimale de mélatonine la nuit et resynchroniser l’horloge biologique.

La mélatonine joue un rôle prépondérant dans la synchronisation de l’organisme avec son environnement, sur le sommeil, les effets du vieillissement et dans les troubles de l’humeur. D’où l’idée d’utiliser la lumière pour modifier la période de libération de la mélatonine.

Les avantages de la luminothérapie

  • Les lampes coûtent cher à l’achat mais sur le long terme le traitement coûte moins qu’un traitement médicamenteux et la prise en charge par un médecin. Une lampe coûte 150 euros, le patient consulte la première année, et les années suivantes, il gère seul son traitement selon ses symptômes.
  • Les effets secondaires sont tout à fait négligeables en comparaison à ceux des traitements médicamenteux.
  • Si elle n’est pas suffisamment efficace à elle seule, rien empêche d’utiliser la luminothérapie en complément d’un autre traitement. Bien au contraire, elle ne pourra qu’apporter un effet bénéfique si on utilise correctement les lampes.

Qu’est-ce que la mélatonine et quels sont ces effets? 

La mélatonine produit de nombreux effets sur le corps et sur les autres systèmes de l’organisme (2 ; 3):

  • Le sommeil : lors de troubles du sommeil, un traitement par mélatonine va diminuer le temps d’endormissement et augmenter la durée du sommeil lent profond, le rendant donc plus réparateur.
  • La vigilance : la mélatonine diminue la vigilance. C’est d’ailleurs pourquoi une exposition matinale à la lumière « réveille » l’organisme en inhibant la synthèse de mélatonine.
  • Sur le système cardio-vasculaire : la mélatonine aurait un effet cardio-protecteur.
  • Sur la prise de poids : la mélatonine influence l’action de plusieurs métaboliques comme l’insuline, la ghréline et la leptine. Ces hormones sont celles qui déterminent l’appétit, la satiété, l’absorption de calories et le stockage des graisses. La mélatonine aide ainsi à réguler l’appétit et les prises de poids.
  • Effets antioxydants : la mélatonine aurait un puissant effet antioxydant. D’une part, de façon directe en inhibant les radicaux libres, et d’autre part, de façon indirecte en augmentant l’activité d’enzymes antioxydantes. Ainsi, la mélatonine nous protège du temps qui passe et du vieillissement.
  • Effets sur le système immunitaire (se reporter à la thèse citée ci-dessous)
  • Effets positif sur les ovaires et la régulation ovarienne : Chez la femme, la mélatonine participe à la régulation de la sécrétion de la progestérone. La mélatonine agit en effet sur les ovaires. Elle exerce un rôle bien connu dans la synchronisation des fluctuations saisonnières de la reproduction.
  • Sur la douleur : des études ont montré que chez les sujets migraineux on retrouvait un faible taux de mélatonine. L’administration de mélatonine entrainait une diminution de la durée et de l’intensité des maux de têtes.

Le rôle principal de la mélatonine est son implication dans la synchronisation des rythmes circadiens (24h) et circannuels (un an), c’est-à-dire de synchroniser notre organisme avec la durée du jour et de la nuit, ainsi que des saisons. Elle est synthétisée par la glande pinéale.

Il n’existe pas de stockage de la mélatonine au sein de la glande pinéale, ainsi, dès sa synthèse, l’hormone gagne la circulation sanguine ainsi que d’autres liquides biologiques (salive, liquide séminal, lait maternel, fluide folliculaire ovarien…) par diffusion passive.

Le profil plasmique représente donc fidèlement la sécrétion hormonale, et on peut ainsi observer des variations du taux de mélatonine de façon journalières, annuelles, interindividuelles, mais aussi au cours de la vie d’un même individu (1).

L’exposition à la lumière inhibe la sécrétion de la mélatonine alors que l’obscurité stimule sa synthèse par la glande pinéale. Le maximum de production est atteint entre 2 et 5 heures du matin, d’où son nom d’hormone du sommeil ou d’hormone de l’obscurité. La régulation de la sécrétion de la mélatonine par photopériode nous permet d’être en phase avec l’environnement en adaptant le temps de sommeil en fonction de la durée d’ensoleillement. Plus l’exposition à la lumière est intense, plus la sécrétion de mélatonine est inhibée durant la journée, ce qui favorise la sécrétion nocturne exacerbée.

En sécrétant de la mélatonine, la glande pinéale « dit » au cerveau qu’il fait sombre et que c’est le bon moment pour dormir. Le caractère nocturne de la sécrétion de mélatonine a conduit à considérer cette hormone comme un hypnotique naturel.

Notre horloge biologique est génétiquement programmée pour fonctionner sur 24h (le cycle circadien). Certaines personnes seraient du matin ou du soir par programmation génétique. Si ces rythmes ne sont pas synchronisés avec le rythme jour/nuit, l’organisme s’en ressent : c’est l’exemple du décalage horaire où l’organisme est réglé sur le lieu de départ et reçoit des signaux sur le lieu d’arrivée qui ne correspondent pas à cette heure.

Des facteurs externes, environnementaux, peuvent venir influencer l’horloge biologique. C’est le cas de l’exposition à la lumière par luminothérapie, ce qui aura pour effet d’influencer la production de mélatonine.

Avec l’âge, la sécrétion de mélatonine diminue ce qui a des conséquences sur le sommeil (fréquence des troubles du sommeil chez le sujet âgé), l’exposition est plus importante aux radicaux libres responsables du vieillissement, le cycle circadien est moins bien synchronisé etc. Les scientifiques supposent que cela est due en partit à la calcification de la glande pinéale. La luminothérapie permet de redynamiser le cycle de mélatonine dans notre organisme, avec tous les bienfaits supplémentaires que cela comporte en dehors de la lutte contre le vieillissement.

La mélatonine semble avoir une action sur les troubles de l’humeur. En effet, de nombreux arguments vont dans ce sens, comme par exemple la recrudescence saisonnière de la dépression (bien plus présente en hiver), les conséquences des modifications des rythmes biologiques sur l’humeur (décalage horaire ou le travail à horaires décalés), ainsi que l’incidence des troubles du sommeil dans la dépression.

La sérotonine joue aussi un rôle dans le système circadien. La sérotonine est le précurseur de la mélatonine, c’est-à-dire qu’elle va se transformer en mélatonine dès que le signal d’obscurité est envoyé à la glande pinéale (qu’il fait nuit). La sérotonine a un rôle proche de celui des hormones. C’est un neuromédiateur qui va agir sur le système nerveux central, notamment dans la régulation de l’humeur, l’émotivité ou encore le sommeil. Elle peut avoir une action sur les troubles du comportement alimentaire et la dépression.

Plusieurs études ont démontré qu’un traitement par luminothérapie chez des patients atteints de dépression saisonnière était aussi efficace que la Fluoxétine et la sertraline (antidépresseurs inhibant la recapture de la sérotonine).

La mélatonine joue un rôle prépondérant dans la synchronisation de l’organisme avec son environnement, sur le sommeil, les effets du vieillissement et les dans les troubles de l’humeur. D’où l’idée d’utiliser la lumière pour modifier la période de libération de la mélatonine.

1-– Ménard Céline, « Mélatonine, agonistes mélatoninergiques et luminothérapie dans les troubles du sommeil et du décalage horaire », Thèse pour le Diplôme d’Etat de Docteur en Pharmacie, 2011

2- Séverine Devary, Récepteurs de la mélatonine : pharmacologie du récepteur ovin MT2, identificcation de leur activité constitutive et développement d’une approche par ARN interférent », thèse présentée le 19 décembre 2011 pour obtenir le grade de docteur de l’Université François-Rabelais, discipline/spécialité : Sciences de la vie

3- Sarah Freyheit, « La luminothérapie et ses principales applications », Thèse pour le Diplôme d’Etat de Docteur en Pharmacie, 2009

Différences entre les désirs sexuels féminins et les désirs sexuels masculins

Désirs sexuels féminins et désirs sexuels masculins

On dit que les femmes auraient besoin d’être amoureuses pour avoir des relations sexuelles ; quant aux hommes, ils auraient du mal à concilier sexe et amour. Pourtant, aujourd’hui, nous les femmes revendiquons la même liberté sexuelle que nos homologues masculins. Mais est-ce aussi simple psychiquement?

Les désirs sexuels féminins

Dès le début de la vie sexuelle et affective, on distingue deux élans distincts, le courant tendre et le courant sensuel. Chez la femme, le plus souvent, ces deux courants sont liés dès le départ et cherchent à s’exprimer sur un homme en particulier. La femme tombe amoureuse d’un homme envers qui elle ressentira du désir sexuel. Et la tendresse de l’amant vis à vis d’elle lui permet de croire à une relation durable entre eux, de se vivre comme la femme idéale pour lui. La demande d’amour que la femme adresse à l’homme doit trouver un écho chez son partenaire, jouant ainsi un rôle de préliminaire, condition nécessaire à l’éprouvé du plaisir.

L’amour vient masquer la crudité du désir, la protégeant ainsi de se vivre uniquement comme un objet sexuel. Alors son désir d’être possédée et soumise à son amant devient acceptable (voir article « La jouissance féminine »).

L’amant idéal est alors celui qui peut garantir l’amour à une femme, et non celui qui posséderait le plus gros pénis.

Les désirs sexuels masculins

Chez les hommes, l’amour-tendresse et le sexuel fonctionnent indépendamment l’un de l’autre. C’est la pulsion qui prime et ses possibilités de satisfaction plus que chez la femme. L’homme est tout d’abord animé par un désir de possession. Ce sera dans un second temps que les deux courants se réuniront pour une seule et unique femme. Ces deux courants peuvent se retrouver à nouveau séparés comme lorsque l’homme investit sa femme, l’épouse respectable, uniquement d’amour et de l’autre, a des femmes objets de désirs, investis du courant sexuel.

Lors de la relation sexuelle, « l’homme en tant que personne s’efface derrière son organe sexuel, il se réduit à n’être plus que l’objet du désir de sa partenaire, il s’imagine être l’instrument de sa jouissance sexuelle, son phallus, rien d’autre. »(2) C’est dire l’importance qu’a pour l’homme la jouissance de sa partenaire et c’est pourquoi il lui demandera « Alors tu as joui? ». Cette capacité à faire jouir lui donne en boomerang une jouissance supplémentaire. Et les femmes l’ont bien compris puisque, bien souvent, elles n’hésitent pas à simuler leur jouissance…

Si pour la femme l’amant idéal est celui qui peut lui garantir l’amour, l’amante idéale pour l’homme est celle qui vient répondre au fonctionnement masculin : qu’elle exprime ses désirs sexuels et l’envie de son pénis.

France Bernard

(1) Les conditions de la jouissance féminine, article 8 (dans la catégorie « le couple : généralités)

(2) Robert Viry, Psychopathologie de la vie amoureuse

 

Qu’est-ce qui me plaît chez l’autre?

Qu’est ce qui me plait chez l’autre?

Nous avons tous en tête un portrait de la personne que nous souhaiterions rencontrer, que ce soit son apparence physique ou bien sa personnalité. Et lorsque nous rencontrons quelqu’un, nous le « comparons » à ce portrait, cette image que nous avons dans notre tête…

Qui cherchons-nous? 

L’image idéale de l’homme ou de la femme que nous cherchons s’est construite peu à peu depuis notre enfance, et est influencée par notre expérience de vie, au travers de nos rencontres. Nous retrouverons chez la personne que nous aimerons des « qualités » qu’avaient notre père, notre mère, nos frères et sœurs. Nous ne faisons pas uniquement référence à des qualités physiques mais aussi à leur personnalité, aux valeurs qu’ils valorisaient au sein de la famille.

Le poids du social est important dans ce que nous trouverons désirable chez l’autre, en fonction de notre histoire, de ce que nous sommes, et du milieu dans lequel nous évoluons. Une famille dans lequel l’idéal intellectuel est important pourra pousser les enfants issus de cette famille à rechercher un partenaire chez qui la dimension intellectuelle est importante.

Le fantasme

La confrontation avec l’idéal que nous avons en nous et la personne que nous rencontrons nous amène à faire le deuil de notre idéal. Nous avons fantasmé un homme ou une femme dans notre tête, et comme tout idéal il n’existe pas dans la réalité, nous ne pouvons que tendre vers.

Des personnalités qui se complètent

Pour qu’une relation perdure dans le temps, une fois passé l’état de passion, c’est qu’il existe une affinité entre les façons d’être des membres du couple. Chaque couple est singulier et va fonctionner différemment des autres en fonction des individus qui le composent. Il existe des couples très fusionnels, d’autres au contraire très libres etc. Bref, tous les goûts sont dans la nature…

Le portrait de Xavier peut nous aider à mieux comprendre ce qu’il se passe dans un couple. Xavier aime diriger et maîtriser ce qui se passe dans sa vie et autour de lui, il ne laisse rien au hasard, que ce soit dans son appartement ou bien dans sa façon d’organiser sa semaine. Il est en couple avec Marie qui elle a besoin de pouvoir se reposer sur l’autre pour être rassurée sans quoi elle peut vite se sentir perdue. Elle se laisse totalement guider par Xavier.

En reprenant l’histoire de Xavier, il est l’aîné d’une fratrie de trois enfants. Sa mère les a élevé presque seule, le père étant souvent absent. Très tôt, elle s’est beaucoup appuyée sur lui pour faire face au quotidien et lui l’a beaucoup soutenu. Xavier trouve en Marie une femme qui comme l’était sa mère a besoin de lui (pour approfondir le sujet voir l’ouvrage : Couples en psychanalyse (1)).

Le théâtre : s’adresse-t-on toujours à la bonne personne? 

Dans chacune de nos relations intimes, nous répétons quelque chose de nos relations du passé. Lorsque Xavier s’adresse à Marie, prends soin d’elle, c’est également le petit garçon du passé qui s’adresse à sa mère et cherche à prendre soin d’elle. Ce qui nous plaît dans les relations du présent, c’est également de pouvoir continuer à satisfaire des relations qui nous procuraient du plaisir par le passé, dans notre enfance, et que nous pouvons continuer à satisfaire dans le présent. Car c’était très gratifiant pour Xavier de jouer ce rôle de protecteur auprès de sa mère, et c’est également cela qu’il cherche à reproduire auprès de Marie.

                                                                                               France Bernard

 

1- Eric Smadja et all., Couples en psychanalyse, Presses Universitaires de France, 2013

 

« Je suis transparent(e) à ses yeux, aux yeux de tous »

« Je suis transparent(e) à ses yeux, aux yeux de tous »

Nous pouvons parfois avoir le sentiment de ne pas être vu par nos proches. Mais qu’en est-il de ceux qui se mettent à penser qu’ils sont devenus transparents aux yeux de tous, y compris de leur conjoint ?

Ne pas se sentir à la hauteur des exigences du paraitre(1)

Dans notre société, nous pouvons facilement avoir le sentiment d’être jugé en permanence, jugement qui nous oblige à donner une image artificielle de nous-même, de donner à voir aux autres ce que nous pensons qu’ils attendent de nous.

Cette contrainte sociale (être séduisant(e), paraitre au top, être toujours apprêté(e) en toutes circonstances …) de renvoyer une image inatteignable de réussite sur tous les plans a tendance à pousser vers la solitude pour ceux qui voudraient trop s’y conformer.  Croire à ce leurre peut nous pousser à ressentir de la honte lorsque nous sommes défaillants (et nous le sommes tous !). C’est le mythe de la superwoman qui bosse, élève ses enfants et semble renvoyer de l’extérieur une image de réussite sur tous les tableaux… C’est en y croyant, en rendant réelle cette contrainte du paraître, que nous lui donnons de la valeur et que nous nous mettons à la subir car nous ne pouvons pas être parfait tout le temps, avec tout le monde.

Le fantasme de l’homme invisible

Inconsciemment, deux tendances contraires nous habitent: une tendance nous poussant à nous exhiber (montrer notre réussite, porter des jupes courtes, afficher toutes nos photos de vacances sur Facebook), et une autre, au contraire, nous poussant à nous réfugier dans un trou de souris, à nous cacher, à retourner vers un état que nous avons dépassé depuis longtemps, état primitif des premiers temps de la vie, avant la socialisation, les autres et leur jugement ! C’est un fantasme qui existe en chacun de nous et que nous cherchons à rejoindre dès qu’il nous arrive des évènements désagréables. Cette thématique se retrouve dans la littérature ou au cinéma comme dans « L’homme invisible » ou bien « Robinson Crusoé ».

Par exemple, se sentir honteux de ne pas avoir au top en réunion, et se mettre à penser que devant la honte, on ne remettra plus les pieds au bureau car nous craindrions d’affronter le regard des autres. Nous sommes en quelque sorte happés par une tendance inconsciente à nous réfugier dans cet état. Le problème se complique lorsque cette tendance devient une façon de réagir qui se généralise à chaque fois que nous avons l’impression de vivre un moment difficile. Nous entrons alors dans un schéma qui peut nous faire éprouver une grande souffrance…

La solitude

Cette tendance peut finir par nous dominer, nous faire nous recroqueviller sur nous-même… L’exigence du paraître nous fait accorder un poids énorme au regard de l’autre. On peut se mettre à se sentir jugé lorsque l’on marche dans la rue, persuadé que les autres nous scrutent en nous jugeant négativement. Cela finit par renforcer ce mouvement de renfermement et de recherche inconsciente de disparaître du monde social.

La solitude se nourrit des ruminations (« je ne suis pas à la hauteur », « je ne suis pas drôle », « je ne suis pas beau »…) et nous amène à avoir une mauvaise image de nous-même, ce qui retentit sur notre rapport aux autres en nous empêchant d’établir des relations de confiance et en éprouvant de grandes difficultés pour nous épanouir.  Paradoxalement, nous ressentirons que les autres ne nous voient plus, que nous sommes devenus transparents. Nous faisons porter à l’autre notre propre tendance à chercher à disparaître.

Je me sens seul(e) à deux

Etre en couple ne protège pas de cette impression : des personnes bien entourées peuvent se mettre à ressentir une grande solitude. Les débuts sont généralement insidieux, parfois due à un évènement précis (déménagement, période de chômage, séparation etc.). Petit à petit, la personne a l’impression que son conjoint (ou sa conjointe) ne la regarde plus, ne fait plus attention à elle, et ce sentiment peut finalement se généraliser à l’environnement tout entier (les amis, au travail).

Les ruminations intenses nourrissent la dévalorisation, nous ne nous sentons plus à la hauteur, ce qui finit par retentir au sein du couple : « pourquoi voudrait-elle rester, moi qui ne vaut pas grande chose…? » Se critiquant et s’examinant en permanence, la personne prendra toute remarque de son conjoint comme une critique qui se rajoute à celle qu’elle nourrit déjà contre elle-même « ça va je sais, je ne fais rien de bien… ». Ce schéma pousse vers le repli sur soi et l’enfermement loin de tout et loin des autres. Perdre l’estime de soi, ne plus s’aimer soi-même, avoir le sentiment d’être transparent aux yeux des autres peut alors nous donner le sentiment de ne plus exister.

France Bernard

(1) « La tyrannie du paraître, faut-il se montrer pour exister? », de Gérard Bonnet, Groupe Eyrolles, 2013

L’amour et la haine, l’ambivalence des sentiments

L’amour et la haine : l’ambivalence des sentiments

L’amour et la haine sont des sentiments à la fois très éloignés, et en même temps très proches. Nous pouvons observer le renversement de l’amour passé en haine profonde à l’égard de celui ou celle qui partageait autrefois notre vie. Dans la vie quotidienne, ces deux sentiments se croisent et coexistent dans chacune de nos paroles et de nos actes.

Aimer et haïr 

Nous ressentons tous par moments des sentiments contradictoires pour une même personne, par exemple, ressentir une profonde colère pour une personne que nous aimons. C’est ce que l’on appelle l’ambivalence des sentiments (1). L’agressivité s’infiltre tout le temps au côté de l’amour, que ce soit par l’ironie, la moquerie, la condescendance… Toutes ces façons de communiquer avec l’autre en contiennent. Pourquoi sinon irions nous voir des spectacles comiques en prenant plaisir à rire au détriment d’autrui? Sans l’agressivité, il n’y aurait d’ailleurs plus de conflits! Dans nos actes et paroles du quotidien, elle peut se repérer sans forcément que nous en soyons conscient.

Ainsi par exemple le phénomène de l’oubli qui à première vue n’est pas du tout connoté agressivement. Lorsque vous oubliez quelque chose que l’on vous a demandé, il y a pourtant un message agressif à l’égard de l’autre, dont vous n’avez pas conscience mais qu’en général l’autre reçoit très bien.

Vous oubliez de prendre la paire de chaussures que votre meilleure amie vous a réclamé pour sa soirée d’anniversaire. Vous avez beau lui faire mille excuses, elle, en tout cas, aura bien reçu le message agressif et elle risque bien de vous en vouloir. De votre côté, vous culpabilisez de cet oubli et vous vous en voulez, et de l’autre, vous vous dîtes que c’est un peu injuste qu’elle vous en veuille à ce point car vous ne l’avez pas fait exprès. En fait, c’est un mouvement inconscient qui est à l’origine de cet oubli et qui a trouvé à s’exprimer : Vous adorez votre meilleure amie, vous l’aimez à la manière de votre petite sœur. Seulement, vous étiez également en grande rivalité avec votre sœur et en oubliant vos chaussures, c’est finalement de votre sœur que vous cherchez à vous venger!

D’où vient la haine? 

Dans les tous premiers temps de la vie, le nourrisson considère sa mère comme une extension de lui-même, une partie de lui, il se vit comme formant un tout avec elle. Il ne ressent ni haine ni amour pour personne puisqu’il est trop immature pour se représenter qu’un autre peut être différent de lui. Mais petit à petit, il va ressentir que sa mère peut se séparer de lui et qu’elle est ainsi différenciée. Il sera alors envahit par la haine car celle-ci lui fera vivre l’expérience du manque, d’un paradis perdu où ils étaient si bien ensemble, fusionnés. Et bien sûr l’intolérable besoin d’un autre pour notre survie, puisque nous sommes dépendants lorsqu’on est si petit pour se calmer, pour manger ou boire.

Petit à petit, le bébé grandit et la haine primitive se transforme et mûrit en un mouvement plus mature et socialement adéquat : l’agressivité. L’agressivité tire ses racines de cette haine primitive.

 Derrière l’amour la haine? 

Ce qu’il faut bien avoir en tête c’est que tout n’est pas clair dans l’expression des sentiments, qu’une conduite agressive camoufle parfois une déclaration d’amour à l’autre, et inversement, trop d’amour envers une autre personne peut contenir une grande agressivité.

Vincent par exemple fait tout pour sa compagne. Il lui prépare son petit déjeuner, lui dit sans cesse à quel point il l’aime, qu’elle est tout pour lui … Béatrice avait toujours rêvé de connaitre un jour une relation de ce genre. Seulement, elle n’avait pas imaginé le prix qu’elle devrait payer pour tout cet amour! En faisant d’elle le centre de sa vie, Vincent a du mal à supporter qu’elle puisse désirer voir d’autre personnes, faire des choses sans lui ou tout simplement vouloir rester seule. Chaque fois qu’elle émet ce genre de désir, c’est la crise dans le couple. Sans s’en rendre compte, Vincent veut la garder pour lui tout seul, il ne supporte pas qu’elle puisse ne pas entièrement être comblée par lui et se met à la tyranniser dès qu’elle s’éloigne.

Pourquoi est-ce sain d’exprimer son agressivité? 

Nous avons tous ces deux tendances en nous : amour et haine. L’ambivalence s’exprimera en premier lieu envers les parents : aimés et haïs (je te fais un câlin, je te dis que je t’aime, puis 5 minutes après, si tu me refuses un bonbon je te hais). Puis, elle apparaitra dans toutes nos relations ultérieures.

S’il apparait à la société que les preuves d’amour sont plus tolérables que les preuves de haine, c’est bien l’expression des deux qui garantit une bonne santé psychique, car en nous ces deux tendances cherchent à s’exprimer par tous les moyens. Et si nous n’arrivons pas à l’exprimer à l’extérieur de nous, c’est alors en nous même que cette haine fait son devenir.

Ce retournement de l’agressivité contre soi s’observe peut s’exprimer par exemple dans la dépression, les conduites autodestructrices ou l’alcoolisme.

                                                                                            France Bernard

1 – Mélanie Klein & Joan Rivière, L’amour et la haine, Éditions Payot & Rivages, 2001

 

L’attachement aux amours du passé

L’attachement aux amours du passé

La rencontre amoureuse est un moment où l’on se penche sur les relations affectives de notre passé car partir à la recherche d’un autre avec qui s’unir, c’est aussi renouer avec les amours passé, une retrouvaille avec notre père et notre mère.

Nos premiers amours

Lorsque nous étions enfants, nos premiers amours étaient nos parents. Notre monde tournait autour d’eux, nous voulions les satisfaire et être aimé par eux. Nous clamions parfois haut et fort que nous les épouserions lorsque nous serions grands. Phase bien connue du complexe d’Œdipe où le petit garçon veut tuer son père pour pouvoir épouser sa mère, et où la petite fille souhaite se retrouver seule avec le père. Lorsqu’on nous répondait que c’était impossible, nous rétorquions qu’on trouverait quelqu’un comme eux!

Nos modèles, exemples à suivre et à retrouver, ce sont eux. Nous commençons petit à petit à intérioriser leurs valeurs, leurs idéaux, leurs croyances. Modèles qui resteront un repère, que ce soit dans la recherche du même ou bien en se positionnant à l’opposé d’eux et de ce qu’ils représentent. C’est un moment important dans la construction de son identité masculine et féminine car ce que nous percevons et interprétons de notre mère et de notre père nous servira à construire notre représentation de ce qu’est une femme et de ce qu’est un homme. Cela passe par l’observation de nos parents mais également par la façon dont ils s’adressent l’un à l’autre. Par exemple, nous connaissons les effets délétères des violences verbales de certains hommes à l’encontre de leur épouse. L’enfant aura tendance à intérioriser une vision de la femme comme un être faible et qu’on peut maltraiter.

L’adolescent et l’idéal

A l’adolescence, c’est véritablement là que va se déclencher, voir déchaîner l’idéalisation. Véritable poussée à l’intérieur de nous qui ne nous quittera plus. Pour mieux se séparer de ses parents, amours interdits, l’adolescent va rejeter en bloc ce qu’ils aiment, les valeurs qu’ils prônent, ou encore leur choix politique. Il va se mettre en quête de personnes et de choses à idéaliser (stars du cinéma, écrivain, mouvements politiques). Seulement, et c’est leur grande insatisfaction, il y aura toujours une inadéquation radicale entre cette aspiration à idéaliser et ce qui l’incarnera dans la réalité, réalité toujours décevante. C’est exactement ce qu’il se passe dans la rencontre amoureuse (1) où l’autre, d’abord idéalisé, redevient humain lorsque l’idéal se fissure…

L’adolescent donne à penser qu’il refoule ou rejette les idéaux hérités de son enfance, alors qu’en réalité, il met tout en œuvre pour les faire émerger ailleurs et autrement. Puisqu’on ne peut pas avoir sa mère, on va s’identifier à son père pour rechercher une femme qui ressemble à celle-ci. Nous recherchons inconsciemment des modèles qui ressemblent à nos parents, car ce sont eux que nous cherchons à retrouver, à aimer.

Qu’en dit la sociologie? 

Les sociologues ont pu largement constater le phénomène. Il la nomme la reproduction sociale. Schématiquement, nous choisissons quelqu’un du même milieu social que le sien. Car c’est également toute une façon de voir, de comprendre et de se comporter dans le monde que nous transmettent nos parents. Il arrive même que certains épousent quelqu’un pratiquant le même métier.

Pour d’autres, cette évidence s’impose à tous : « Elle a choisi un homme comme son père ». Dans la plupart des cas, cela apparaitra de façon plus discrète, voir passera inaperçu aux yeux des autres, et seule une analyse la fera émerger.

L’échec du processus de détachement

Le processus de détachement que doit accomplir un adolescent ne va pas sans heurt. D’une part, il est plein d’ambivalence entre la volonté de se séparer et celle de pouvoir rester encore un enfant. D’autre part, la difficulté pour certains parents d’accepter la séparation peut envenimer la situation. Cela peut donner des adolescences qui se prolongent, comme en témoigne le film « Tanguy »(2). La souffrance de sa mère de le supporter encore chez elle, alterne avec une attitude très maternante. Elle voudrait s’en séparer tout en le gardant près d’elle. L’attitude ambivalente de sa mère trouve écho chez Tanguy qui se complaît dans cet environnement qu’il n’imagine pas devoir quitter un jour. Il n’y est tellement pas préparé que lorsqu’il emménage dans son appartement, il est submergé par l’angoisse, ce qui le ramène… Chez ses parents! Ce n’est pas qu’une séparation physique qu’il s’agit de réaliser, mais bien une séparation psychique pour pouvoir ensuite s’épanouir avec un/une autre.

France Bernard

(1) La rencontre amoureuse, In Le couple : généralités (article 2)

(2) Tanguy, comédie française d’Etienne Chatiliez, 2001

Le couple, une unité à deux

Le couple, une unité à deux

Lorsque deux individus tombent amoureux, ils fusionnent pour ne plus former qu’un. Cette phase très forte sur le plan émotionnel peut aussi être le détonateur d’un certain nombre d’angoisses. Mais le plus souvent, l’amour passion est au rendez-vous ; c’est la lune de miel du couple qui s’accompagne d’une certaine idéalisation de l’autre. Et pourtant, même derrière l’amour le plus grand se cache une ambivalence des sentiments.

Quand DEUX se transforment en UN

Etre amoureux, c’est bien connu, c’est ne plus former qu’un. C’est la fusion, la passion, l’obsession pour l’autre, l’impression d’être enfin complet. L’autre devient celui qu’on attendait depuis toujours. Celui qui remplit notre vie, nos attentes. Pourtant, avant la rencontre, chacun des  membres du couple avait une existence propre, des désirs, une histoire, des envies. Mais dès le moment où l’on tombe amoureux, c’est comme si tout cela était oublié, comme si on mettait sa propre vie entre parenthèse pour la mettre au service de l’autre. On n’existe plus que par l’autre. Ce qui peut aussi se révéler dangereux.

Prendre le risque…

Rencontrer quelqu’un c’est également prendre un risque, un risque sur l’avenir. L’expression populaire « confier son cœur » souligne le pouvoir que l’autre aura sur nous, tout comme la confiance que nous plaçons en lui pour qu’il en prenne soin. C’est aussi prendre le risque de s’oublier, de donner toute la place à l’autre, et finalement de ne plus trouver la sienne. Le pari pour certains est bien trop grand, le risque de la dépendance les guette… Mieux vaut alors pour eux les affres de la solitude plutôt que l’enfer du manque!

En nous, le jeu des forces du désir et du manque sont toujours en mouvement, en recherche d’équilibre. Il existe une sorte de balance entre l’amour que l’on se porte et celui que nous portons aux autres : plus l’un se remplit, plus l’autre s’appauvrit. Lorsque nous nous attachons à quelqu’un, une part de l’amour de soi vient se déposer en l’autre. C’est également par le biais de ce mécanisme que nous pouvons observer l’idéalisation du ou de la partenaire : elle/il est tellement belle/beau, intelligent(e) etc., par rapport à moi. C’est une partie de soi, déposée en l’autre, que nous nous mettons à idéaliser.

Entre l’autre et soi, un équilibre à trouver

Après la lune de miel, les illusions s’estompent et nous découvrons l’autre dans ce qu’il est réellement, en dehors de ce que nous avons projeté sur lui comme rêve et comme fantasme. La difficulté est de construire un équilibre entre les intérêts de chaque personne et ceux du couple. Nous avons chacun un mode de fonctionnement particulier, un mode de relation aux autres, d’interpréter ce qui nous entoure, nos problématiques et nos angoisses et cela peut poser de réels problèmes de compréhension dans le couple.

Ainsi l’exemple de Jean est caractéristique. Jean a toujours eu peur qu’on l’abandonne, le laisse tomber du jour au lendemain. Lorsqu’il rencontre Paula, il lui demande de le rassurer, de lui prouver qu’elle aime et qu’elle sera toujours là pour lui. Plus il est dans la demande, plus il la harcèle, et rien de ce qu’elle peut faire ne l’apaise vraiment. La problématique de Jean, ancrée dans sa vie psychique avant de la rencontrer, se rejoue alors avec elle, au risque qu’elle ne le quitte…

Une relation d’amour et de haine

Dans toutes relations, amicales ou amoureuses, s’expriment l’amour et la haine. C’est l’ambivalence. Si l’amour est plus facile à se représenter que la haine, l’agressivité s’infiltre pourtant partout.  Et tant mieux! L’agressivité permet de se positionner face à l’autre, de lui mettre des limites et d’être respecté en tant que sujet.

Elle se manifeste lorsque nous faisons systématiquement attendre l’autre une demi-heure à chaque rendez-vous, ou encore lorsque nous nous moquons de sa nouvelle chemise. La jalousie et la possessivité à l’égard de l’autre en contiennent également, tout en affirmant à l’autre que nous tenons à lui et que nous ne voulons pas le perdre. L’agressivité est dans ce cas inconsciente, mais pourtant bien présente.

                                                                                                  France Bernard