« Je suis transparent(e) à ses yeux, aux yeux de tous »

« Je suis transparent(e) à ses yeux, aux yeux de tous »

Nous pouvons parfois avoir le sentiment de ne pas être vu par nos proches. Mais qu’en est-il de ceux qui se mettent à penser qu’ils sont devenus transparents aux yeux de tous, y compris de leur conjoint ?

Ne pas se sentir à la hauteur des exigences du paraitre(1)

Dans notre société, nous pouvons facilement avoir le sentiment d’être jugé en permanence, jugement qui nous oblige à donner une image artificielle de nous-même, de donner à voir aux autres ce que nous pensons qu’ils attendent de nous.

Cette contrainte sociale (être séduisant(e), paraitre au top, être toujours apprêté(e) en toutes circonstances …) de renvoyer une image inatteignable de réussite sur tous les plans a tendance à pousser vers la solitude pour ceux qui voudraient trop s’y conformer.  Croire à ce leurre peut nous pousser à ressentir de la honte lorsque nous sommes défaillants (et nous le sommes tous !). C’est le mythe de la superwoman qui bosse, élève ses enfants et semble renvoyer de l’extérieur une image de réussite sur tous les tableaux… C’est en y croyant, en rendant réelle cette contrainte du paraître, que nous lui donnons de la valeur et que nous nous mettons à la subir car nous ne pouvons pas être parfait tout le temps, avec tout le monde.

Le fantasme de l’homme invisible

Inconsciemment, deux tendances contraires nous habitent: une tendance nous poussant à nous exhiber (montrer notre réussite, porter des jupes courtes, afficher toutes nos photos de vacances sur Facebook), et une autre, au contraire, nous poussant à nous réfugier dans un trou de souris, à nous cacher, à retourner vers un état que nous avons dépassé depuis longtemps, état primitif des premiers temps de la vie, avant la socialisation, les autres et leur jugement ! C’est un fantasme qui existe en chacun de nous et que nous cherchons à rejoindre dès qu’il nous arrive des évènements désagréables. Cette thématique se retrouve dans la littérature ou au cinéma comme dans « L’homme invisible » ou bien « Robinson Crusoé ».

Par exemple, se sentir honteux de ne pas avoir au top en réunion, et se mettre à penser que devant la honte, on ne remettra plus les pieds au bureau car nous craindrions d’affronter le regard des autres. Nous sommes en quelque sorte happés par une tendance inconsciente à nous réfugier dans cet état. Le problème se complique lorsque cette tendance devient une façon de réagir qui se généralise à chaque fois que nous avons l’impression de vivre un moment difficile. Nous entrons alors dans un schéma qui peut nous faire éprouver une grande souffrance…

La solitude

Cette tendance peut finir par nous dominer, nous faire nous recroqueviller sur nous-même… L’exigence du paraître nous fait accorder un poids énorme au regard de l’autre. On peut se mettre à se sentir jugé lorsque l’on marche dans la rue, persuadé que les autres nous scrutent en nous jugeant négativement. Cela finit par renforcer ce mouvement de renfermement et de recherche inconsciente de disparaître du monde social.

La solitude se nourrit des ruminations (« je ne suis pas à la hauteur », « je ne suis pas drôle », « je ne suis pas beau »…) et nous amène à avoir une mauvaise image de nous-même, ce qui retentit sur notre rapport aux autres en nous empêchant d’établir des relations de confiance et en éprouvant de grandes difficultés pour nous épanouir.  Paradoxalement, nous ressentirons que les autres ne nous voient plus, que nous sommes devenus transparents. Nous faisons porter à l’autre notre propre tendance à chercher à disparaître.

Je me sens seul(e) à deux

Etre en couple ne protège pas de cette impression : des personnes bien entourées peuvent se mettre à ressentir une grande solitude. Les débuts sont généralement insidieux, parfois due à un évènement précis (déménagement, période de chômage, séparation etc.). Petit à petit, la personne a l’impression que son conjoint (ou sa conjointe) ne la regarde plus, ne fait plus attention à elle, et ce sentiment peut finalement se généraliser à l’environnement tout entier (les amis, au travail).

Les ruminations intenses nourrissent la dévalorisation, nous ne nous sentons plus à la hauteur, ce qui finit par retentir au sein du couple : « pourquoi voudrait-elle rester, moi qui ne vaut pas grande chose…? » Se critiquant et s’examinant en permanence, la personne prendra toute remarque de son conjoint comme une critique qui se rajoute à celle qu’elle nourrit déjà contre elle-même « ça va je sais, je ne fais rien de bien… ». Ce schéma pousse vers le repli sur soi et l’enfermement loin de tout et loin des autres. Perdre l’estime de soi, ne plus s’aimer soi-même, avoir le sentiment d’être transparent aux yeux des autres peut alors nous donner le sentiment de ne plus exister.

France Bernard

(1) « La tyrannie du paraître, faut-il se montrer pour exister? », de Gérard Bonnet, Groupe Eyrolles, 2013

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