Infidélité masculine, entre la mère et la putain

Chez certains hommes, l’accès à la paternité s’accompagnent d’une extinction du désir sexuel pour leur femme, ou bien, les relations sexuelles s’accompagnent désormais de troubles de l’érection (éjaculation précoce, impuissance). Mais qu’est ce qui rend le désir impossible, barré, avec l’arrivée des enfants ?

Le courant tendre et le courant sensuel

Au niveau psychique, l’amour est désigné par le courant tendre correspondant au choix d’objet infantile, et le désir, par le courant sensuel émergeant au moment de l’adolescence, et poussant à rechercher un objet qui représente un substitut de la mère, premier objet d’amour. 

Chez les hommes, le clivage entre ces deux courants est beaucoup plus aisé (il leur est facile de désirer une femme sans avoir de sentiments pour elle), mais c’est de ce clivage que peuvent apparaître des difficultés… Une fixation incestueuse non résolue à la mère peut prendre la forme d’un conflit entre ces deux courants : comment désirer et aimer une femme qui devient mère, si ma mère était aussi une femme que j’aimais ?

Une des issues possibles apparaît dans le rabaissement de l’objet sexuel : l’image de la putain permet de préserver l’image de la mère. Nous pourrions donner l’exemple de l’homme amoureux d’une prostituée, celle-ci ne ressemblant en rien à la mère, l’homme peut la désirer. 

« Résoudre » son complexe d’œdipe, c’est avoir créée une représentation globale de la femme en rassemblant à la fois l’image de la putain avec celle de la mère (1).

Devenir père

Lorsqu’ils deviennent père, certains n’éprouvent plus de désir pour leur femme. L’image de la femme se confondant avec celle de leur propre mère, la femme interdite, l’épouse devient frappée d’interdit à son tour. C’est là que peut apparaître une autre femme, la maîtresse. Elle devient la putain (l’objet sexuel rabaissé), entièrement et seulement réservée au sexuel, pour qui l’homme pourra avoir du désir.

Il y aura, dès lors, l’épouse respectable, idéalisée, et de l’autre, les femmes objets de désir. La vie amoureuse de l’homme se trouve alors clivée, l’image de la putain permettant de préserver l’image de la mère.

Les maîtresses peuvent donc attendre longtemps de pouvoir prendre la place de l’épouse, puisque si la situation est précisément structurée sur ce mode, c’est pour dissocier les deux figures et pas seulement varier les plaisirs !

Le cas de l’amant

Ce clivage est aussi à l’œuvre chez des hommes ne pouvant désirer que des femmes déjà en couple : c’est la situation du trio adultère ! L’homme prend une femme mariée pour objet sexuel, satisfaisant ainsi son « amour de la putain » puisque cette femme n’est pas chaste, et en même temps, son amour incestueux puisque cette femme appartient à un autre homme, comme la mère appartenait au père. Cette situation a en outre l’avantage de léser le mari, le rival, substitut du père.

Jacqueline et Philippe (1)

Philippe et Jacqueline sont mariés depuis presque dix ans. Pendant longtemps, le sexe disent ils à été formidable, jusqu’au moment où il lui a demandé sa main. Très vite, elle a cessé de l’exciter, et huit années d’infidélité ont suivi. Elle en a découvert certaines et il lui en a révélé quelques unes. Philippe ressentait chaque fois de la honte, suivie de remords et de repentir et se jurait de changer, mais il finissait de nouveau par s’agiter. 

Le père de Philippe a une série d’aventures qu’il n’a jamais caché, tout comme le grand-père de Philippe. Sa mère en a beaucoup souffert. Philippe a essayé de se distinguer le plus possible de son père en étant un « enfant prodige asexué », bien qu’il se sentait déchaîné à l’intérieur. Le goût pour une moralité rigide a finalement servi à nourrir son obsession de briser les règles. 

Identifié aux désirs du père, il ressent une profonde excitation pour les femmes et tente de protéger sa compagne comme il protégeait sa mère. Seulement dès qu’elle devient officiellement sa femme, elle se confond avec l’image de sa propre mère : le désir s’éteint et il se met à jouer un scénario familial qui n’est pas le sien. 

France Bernard

1- S. Freud, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, In La vie sexuelle, PUF, 13ème édition, 1912

2- E. Perel, L’intelligence érotique. Faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007

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