La fatigue d’être soi, d’Alain Ehrenberg

Fatigue, inhibition, insomnie, anxiété, indécision : la plupart des difficultés rencontrées dans la vie quotidienne sont aujourd’hui assimilées à de la dépression. Pourquoi ce « succès » de la dépression ?

Croisant l’histoire de la psychiatrie et celle des modes de vie, Alain Ehrenberg suggère que cette « maladie » est inhérente à une société où la norme n’est plus fondée sur la culpabilité et la discipline, mais sur la responsabilité et l’initiative ; elle est la contrepartie de l’énergie que chacun doit mobiliser pour devenir soi-même. Et si la dépression était surtout le révélateur des mutations de l’individu ?

Sociologue, Alain Ehrenberg dirige le groupement de recherche « Psychotropes, Politique, Société » du CNRS. La fatigue d’être soi est le troisième volet d’une recherche qui, après Le culte de la performance et L’individu incertain, s’attache à dessiner les figures de l’individu contemporain.

Les secrets de famille, de Serge Tisseron

Tout enfant grandit au milieu des secrets, simplement parce qu’il est confronté à des mots, à des mimiques et à des attitudes d’adultes dont il ne comprend pas le sens.

Bientôt, il questionne. Parfois on lui répond, ou on lui sourit en lui disant qu’il le saura quand il sera plus grand. D’autres fois, ses questions suscitent chez ses parents des réactions de colère, de tristesse ou de gêne incompréhensibles. Ces réactions, qui sont les « suintements » d’un secret de famille, incitent l’enfant à penser qu’on lui cache quelque chose de grave, et l’invitent à le deviner tout en lui interdisant tacitement d’y parvenir.

De cette injonction contradictoire naissent des troubles dans sa construction psychique : le traumatisme vécu et tu par la première génération « ricoche » sur la deuxième, voire sur la troisième. Pour en guérir, il faut commencer par accepter que ces secrets s’opposent moins à l’idée d’une Vérité qu’il faudrait découvrir qu’à la communication entre les membres de la famille. Et la première chose à dire à un enfant pour commencer à l’en libérer est : « Tu n’y es pour rien. »

Serge Tisseron est psychiatre, membre de l’Académie des technologies et docteur en psychologie. Il est également l’auteur du « Que sais-je? » sur La résilience (n° 3785).

Comment j’ai vidé la maison de mes parents, Lydia Flemm

L’héritage n’est pas un cadeau. Comment recevoir des choses que l’on ne vous a pas données ? Comment vider la maison de ses parents sans liquider leur passé, le nôtre ? Les premiers jours je me persuadai que j’allais « ranger » et non pas « vider » la maison de mes parents. Il m’arriva plusieurs fois de prononcer un verbe pour l’autre.

Combien sommes-nous à vivre sans en parler à personne ce deuil qui nous ébranle ? Comment oser raconter ce désordre des sentiments, ce méli-mélo de rage, d’oppression, de peine infinie, d’irréalité, de révolte, de remords et d’étrange liberté qui nous envahit ? A qui avouer sans honte ou culpabilité ce tourbillon de passion ?

A tout âge on devient orphelin. L.F.

Le sentiment d’imposture, Belinda Cannone

Par «imposture», Belinda Canonne ne renvoie pas aux escrocs de la confiance, ceux qui en imposent ou qui usurpent une place.

Elle décrit un sentiment très commun qu’on a cependant toujours grand soin de cacher : l’intime conviction de ne pas être celui ou celle qu’il faudrait être pour occuper légitimement la place dans laquelle on se trouve, et la crainte d’être démasqué.

Si ce trouble met en cause l’identité, il n’engage pourtant pas la question : «qui suis-je ?», mais : «suis-je celle ou celui que je devrais être pour me trouver à cette place ?».

Toute ambition, quelle qu’en soit la nature (professionnelle, amoureuse, existentielle, etc.), peut susciter cette inquiétude.

En trente-six chapitres qui vont de la littérature à la psychanalyse en passant par le cinéma, la politique ou nos expériences quotidiennes, cet essai propose récits et réflexions sur l’origine et les manifestations du sentiment d’imposture.

Belinda Cannone est romancière (quatre romans publiés depuis 1990) et essayiste (Six essais publiés, dont L’écriture du désir. Calmann-Lévy. 2000. Prix de l’essai de l’Académie française).

Sans alcool, de Claire Touzard

« En France, on s’avoue rarement alcoolique. Quand on boit on est festif, irrévérent, drôle. Français. Un jour pourtant, Claire arrête de boire. Elle prend conscience que cet alcool, prétendument bon-vivant, est en train de ronger sa vie. Il noyaute ses journées, altère sa pensée, abîme ses relations. En retraçant son passé, elle découvre à quel point l’alcool a été le pilier de sa construction et de son personnage de femme. »

Claire Touzard nous livre le journal de son sevrage : des changements qui s’opèrent en elle, autour d’elle, les difficultés que son arrêt de l’alcool engendre dans ses relations avec les autres (face à quelqu’un qui ne boit plus, sommes-nous tous si à l’aise que ça ?).

Se plongeant dans son enfance et son adolescence pour se comprendre, comprendre son rapport à l’alcool, elle mettra du sens sur ses conduites : « Il m’apparaît que mon anorexie, puis mes problèmes d’addiction, sont tous liés à cette relation tumultueuse avec mon genre. Ce désir de tuer la féminité telle qu’on m’avait demandé de l’endosser, de redevenir androgyne pour n’être qu’un esprit : ce dégout de moi et de mon corps. »

La mécanique sexuelle des hommes

du Dr Catherine Solano et du Professeur Pascal de Sutter

Pas si simple d’avoir une vue d’ensemble sur la sexualité tellement d’idées préconçues circulent autour de nous…

Pour tout savoir sur l’éjaculation (tome I) et sur l’érection (tome II), nous ne pouvons que vous conseiller ces livres ! Vous trouverez de nombreuses explications claires, des histoires de patients et bien entendu (pour la pratique), des exercices que vous pouvez réaliser chez vous.

Dans le tome I, consacré à l’éjaculation, vous trouverez des réponses à de nombreuses questions, notamment :

  • Pourquoi les hommes jeunes éjaculent-ils souvent très vite ?
  • Comment profiter de son excitation tout en contrôlant son éjaculation ?
  • Quelles sont les techniques qui fonctionnent ? (…)

Si vous souhaitez creuser le sujet, le tome II vous expliquera par des mots simples comment fonctionne l’érection, mais également comment le mental peut agir dessus, tout comme les secrets pour la maintenir durablement.

Le docteur Catherine Solano et le Professeur Pascal de Sutter répondent à toutes les questions sans tabou et avec la rigueur de leur formation scientifique et de leur expérience clinique. Ils proposent ici un accompagnement et des exercices pratiques pour mieux contrôler ses muscles, repenser sa sexualité et changer ses comportements. Leur méthode qui tient compte des dernières recherches, est efficace et facile à mettre en œuvre. L’objectif est de prendre le temps de devenir un meilleur amant pour plus de plaisir à deux…

La sexualité féminine dans tous ses ébats, du Dr Celine Causse

Le livre de ce mois ci est un peu spécial puisque nous fêtons la sortie du livre de notre collègue et amie, le Dr Céline Causse. Sexologue en plus d’être psychiatre et psychanalyste, elle nous fait approfondir et (n’ayons pas peur de le dire) parfois découvrir notre corps et notre sexualité !

« Afin de répondre aux questions que lui posaient régulièrement ses patients en consultation, Céline Causse a décidé de fournir aux femmes (mais aussi aux hommes) un manuel pratique et exhaustif sur la sexualité, facile d’accès et qui ne soit pas seulement destiné aux spécialistes (…) De la jeune femme qui découvre sa sexualité, à la trentenaire qui souhaite enrichir son répertoire, jusqu’à la femme plus âgée qui désire conserver une sexualité épanouie. »

Pour en savoir plus :

  • le magazine « Elle » du 12 mars consacre un article sur le livre ;
  • Voir également le live du 09/03/21 sur le compte Instagram de la librairie Kleber

L’intestin : notre deuxième cerveau du Pr Francisca Joly Gomez

Comprendre pour prévenir et agir et pour finir avec le mal de ventre !
Vous souffrez régulièrement de problèmes intestinaux (ballonnements, douleurs abdominales, troubles de la digestion et du transit, diarrhée, constipation) ? Des études scientifiques récentes ont montré que l’intestin et sa flore microbienne sont l’un des maillons phare de notre santé, et qu’il communique en permanence avec notre cerveau : il joue un rôle déterminant dans l’apparition de nombreuses pathologies a priori très éloignées des problèmes intestinaux.
Ce livre présente le rôle du système digestif et la relation qui existe entre l’intestin, le cerveau et les autres organes. Quel est le rôle de l’intestin ? Quelles sont les maladies de cet organe, du simple trouble du transit à la maladie de Crohn ? Comment rééquilibrer son intestin ? Et quelle alimentation adopter ? Ce livre propose des solutions simples pour changer son alimentation, choisir les cuissons adéquates, privilégier les aliments soigneurs, utiliser des micro-nutriments. Autant de principes de base pour prendre soin de notre intestin afin de recouvrer une bonne santé sans recourir aux traitements médicamenteux.

Notre avis : bien s’alimenter, être en bonne santé, ce sont des questions que beaucoup d’entre nous se posent. Ce livre saura vous guider et vous informer dans vos questionnements.

Comprendre comment fonctionne nos organes, c’est également comprendre les interactions entre eux, même celle que nous n’imaginons pas : il est désormais avéré que les patients déprimés souffrent également d’un déséquilibre du microbiote (appelé auparavant flore intestinale).

Et parce que nos organes peuvent devenir responsable de nos souffrances, vous trouverez des réponses sur des pathologies majeures, de la maladie de cœliaque, appelée à tort allergie au gluten, à la maladie de Crohn ou encore du syndrome de l’intestin irritable… des témoignages de patients illustrent les difficultés que peuvent rencontrer les personnes atteintes de ces pathologies.  

Le mythe de la virilité, d’Olivia Gazalé

Un piège pour les deux sexes

Et si, comme les femmes, les hommes étaient depuis toujours victimes du mythe de la virilité ? De la préhistoire à l’époque contemporaine. Une passionnante histoire du féminin et du masculin qui réinterprète de façon originale le thème de la guerre des sexes.

Pour asseoir sa domination sur le sexe féminin, l’homme a, dès les origines de la civilisation, théorisé sa supériorité en construisant le mythe de la virilité. Un discours fondateur qui n’a pas seulement postulé l’infériorité essentielle de la femme, mais aussi celle de l’autre homme (l’étranger, le « sous-homme », le « pédéraste »…). Historiquement, ce mythe a ainsi légitimé la minoration de la femme et l’oppression de l’homme par l’homme.

Depuis un siècle, ce modèle de la toute-puissance guerrière, politique et sexuelle est en pleine déconstruction, au point que certains esprits nostalgiques déplorent une « crise de la virilité ». Les masculinistes accusent le féminisme d’avoir privé l’homme de sa souveraineté naturelle. Que leur répondre ? Que le malaise masculin est, certes, une réalité, massive et douloureuse, mais que l’émancipation des femmes n’en est pas la cause. La virilité est tombée dans son propre piège, un piège que l’homme, en voulant y enfermer la femme, s’est tendu à lui-même.

En faisant du mythe de la supériorité mâle le fondement de l’ordre social, politique, religieux, économique et sexuel, en valorisant la force, le goût du pouvoir, l’appétit de conquête et l’instinct guerrier, il a justifié et organisé l’asservissement des femmes, mais il s’est aussi condamné à réprimer ses émotions, à redouter l’impuissance et à honnir l’effémination, tout en cultivant le goût de la violence et de la mort héroïque. Le devoir de virilité est un fardeau, et « devenir un homme » un processus extrêmement coûteux.

Si la virilité est aujourd’hui un mythe crépusculaire, il ne faut pas s’en alarmer, mais s’en réjouir. Car la réinvention actuelle des masculinités n’est pas seulement un progrès pour la cause des hommes, elle est l’avenir du féminisme.

Olivia Gazalé a enseigné la philosophie pendant vingt ans, en classes préparatoires, à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et aux Mardis de la philo, dont elle est la cofondatrice. Elle est l’auteur de Je t’aime à la philo – Quand les philosophes parlent d’amour et de sexe (Robert Laffont, 2012).

 

La ménopause, regards croisés entre gynécologues et psychanalystes

Sous la direction de Pascale Bélot-Fourcade et Diane Winaver

La féminité s’inscrit dans une temporalité marquée par des crises impliquant des remaniements subjectifs, des modifications de l’image corporelle et du réel du corps dans sa physiologie. Au long de ces textes, se déroulent et se développent des questions cliniques précises, ordonnées autour de la sexualité, de l’identité des femmes à l’épreuve du temps.

Des hypothèses et de réelles avancées sont proposées ici conjointement par les gynécologues et les psychanalystes, dans la nomination, la définition de ce temps physiologique, alors que nous savons que le désir n’est pas réglé par le réel du corps mais par une organisation du langage qui fait de l’humain un animal si loin de la nature, et de l’homme et de la femme des êtres si peu en symétrie. Des questions cliniques précises, ordonnées autour de la sexualité, de l’identité des femmes à l’épreuve du temps, sont explorées.

Sur quelle légitimité et quelle reconnaissance peut se fonder, pour les femmes, cette autre période de la vie ? Dans quel échange, leur sexualité peut-elle s’inscrire alors même que la maternité ne recouvre plus ni ne limite la féminité ? Ne risquent-elles pas de se confronter à une nouvelle intolérance sans limite, où ce qui était permis devient obligatoire dans une injonction à rester jeune à tout prix dans le registre de la consommation mais aussi dans la haine des âges de la vie ?

Pascale Bélot-Fourcade, psychiatre, psychanalyste (Paris) ; Diane Winaver, gynécologue, membre fondateur de la Société de gynécologie et d’obstétrique psychosomatique (Paris).