Corps… Vous jouirez!

Corps…vous jouirez ?

Beaucoup de problèmes et d’inhibitions sexuels peuvent être dus à une méconnaissance du corps, des mécanismes biologiques ou encore par manque de dialogue avec son ou sa partenaire. L’apport de la sexologie dans ce domaine a été considérable et a pu aider de nombreux patients et couples. Se construire en tant que couple, c’est aussi construire une vie sexuelle (voir le livre du mois de décembre 2017 : Le petit Larousse de l’entente sexuelle pour une sexualité de couple épanouie 1).

Pour autant, est-il possible de jouir sans entraves, tout le temps et avec tout le monde comme l’idée peut se répandre dans le monde social ?  Si on a pu penser que la libération sexuelle aurait pour conséquence une facilitation des comportements sexuels, éjaculation précoce, impuissance et frigidité sont toujours de la partie ! Finalement, la sexualité des femmes n’est pas moins conflictuelle que par le passé, et celle des hommes n’ont plus !

L’apport de la sexologie

La sexologie prend son essor dans la moitié du 20ème siècle, suite à la libération sexuelle de mai 68. Une de ses expériences fondatrices (W. H. Masters et V. E. Johnson (2)) a exploré la physiologie de la relation sexuelle. Elle fut réalisée pendant l’acte sexuel ou les séances de masturbation des participants. Toutes les recherches réalisées depuis ont apporté une meilleure connaissance de l’anatomie et de la physiologie des organes sexuels, et bien sûre des thérapeutiques adéquates pour de nombreux patients.

Mais une fois toutes causes organiques écartées, comment expliquer la persistance de certains troubles sexuels ?

La sexualité est d’abord individuelle et chaque personne y réagit différemment. En témoigne la variabilité des conclusions des études sur l’orgasme vaginal ! Tout simplement car il n’y a pas le corps d’un côté et les fantasmes de l’autre. La sexualité humaine est une psychosexualité. L’ouverture à la dimension inconsciente de la sexualité permet de comprendre comment des femmes ayant une anse colique à la place du vagin peuvent avoir des orgasmes ou encore ceux obtenus par des femmes africaines excisées.

Une sexualité inconsciente qui se construit depuis l’enfance

Le sexuel se vit et se construit dès la naissance, dans la relation avec les parents. Ils bercent, caressent, et prennent soin de leur bébé. Les différentes parties du corps de l’enfant deviennent des sources de plaisir, notamment lorsqu’elles sont sollicitées par l’adulte lors des soins ou de l’allaitement comme la bouche, l’anus et la zone uro-génitale. Cette excitation est diffuse au départ, c’est à dire qu’elle n’est pas reliée à une pensée précise chez le bébé. La recherche d’un gain de plaisir à partir de toutes les zones du corps (exemple du suçotement) a comme conséquence qu’il n’y a pas chez l’être humain une correspondance entre la pénétration et le sexuel. Ce dernier prend sa source à de nombreux endroits du corps (oreilles, nuques, bouche etc.). La notion de zone érogène ne définit pas simplement un lieu dans le corps, mais l’inscription du fantasme dans la chair.

Au cours de l’enfance se constituent des fantasmes et des désirs investit de libido (de sexuel) pour les personnes prenant soin de lui. Nous retrouvons le fameux complexe d’œdipe ! Puis, vient la période dite de latence avec le refoulement des fantasmes et de la sexualité infantile. C’est tout ce matériel inconscient qui imprime sa marque sur la spécificité individuelle de la vie sexuelle de chacun d’entre nous, mais c’est aussi elle qui peut devenir source de conflits à l’intérieur du sujet et entraîner des dysfonctionnement sexuels. L’inconscient contribue aussi bien à notre jouissance qu’à nous en empêcher en cas de conflit psychique (frigidité ou impuissance).

L’exemple de la domination masculine peut également éclairer notre propos : si la domination masculine se retire peu à peu de la réalité sociale et politique, les fantasmes sexuels, eux, restent bien présents : « pour simplement l’imager, on peut être un homme fervent défenseur et militant des droits de la femme et ne parvenir à éjaculer que si la femme est en levrette. L’inconscient fait de la résistance, il est politiquement incorrect. » (3)

Voilà notamment pourquoi la libération sexuelle ne traduit pas pour autant une levée du refoulement et des conflits psychiques ! La sexualité humaine est une psychosexualité, le noyau est inconscient et elle s’enracine dans la sexualité infantile.

L’histoire d’Hercule (4)

Nous choisissons d’évoquer l’histoire de ce patient devenu fétichiste du caoutchouc. Cela peut sembler un peu particulier comme illustration mais l’histoire d’Hercule montre bien comment il a construit ses fantasmes enfant, dans la relation à sa mère prenant soin de lui, et comment, une fois à l’âge adulte, cette sexualité infantile demande à s’exprimer pour qu’il puisse accéder au plaisir.

Hercule est un homme de 35 ans qui vient consulter car depuis quelques mois, sa compagne ne supporte plus qu’il ait besoin qu’elle porte un tablier en caoutchouc pour la désirer… Il peut lui faire l’amour sans mais il n’en éprouve alors que peu de plaisir. Mais comment a pu se constituer une telle fixation ?

Lorsqu’ Hercule raconte son enfance, il évoque l’investissement assez obsessionnel des tâches ménagères chez sa mère. Elle ne faisait rien dans la maison, y compris prendre soin de lui, sans porter un de ses nombreux tabliers en caoutchouc. Pour Hercule, « le caoutchouc devient alors, de manière assez étrange, le principal représentant de la féminité maternelle. Les tabliers de caoutchouc prennent place dans la catégorie des « jolis vêtements ». Ils évoquent la coquetterie maternelle et résument ainsi les représentations que l’enfant se donne de la féminité. » Devenu adulte, il éprouve le besoin que sa femme en porte, de sentir le caoutchouc pour que l’excitation sexuelle soit au rendez-vous…

France Bernard

1-Dr Laura Berman,Le petit Larousse de l’entente sexuelle, pour une sexualité de couple épanouie, Editions Larousse 2011 (traduction française)

2-Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob, 2006

3- Jacques André, La sexualité masculine, Que sais-je ?, PUF 2013

4- Didier Dumas, « Un cas de fétichisme du caoutchouc ou l’impossibilité d’idéaliser le sexe paternel », In La sexualité masculine, Editions Albin Michel, 1990

Le Petit Larousse de l’entente sexuelle

Le Petit Larousse de l’entente sexuelle

Pour une sexualité de couple épanouie

Comment se libérer de ses inhibitions et avoir plus confiance en soi ? Comment nouer une relation plus à l’écoute du désir de l’autre ? Comment mieux s’aimer ? Quelles sont les positions qui procurent le plus de plaisir ?…

Ce guide, illustré par de nombreuses photographies et riche en témoignages, deviendra votre livre de chevet et vous aidera à avoir une vie sexuelle plus épanouie.

« C’est le sexe qui fait la différence entre des amants et de simples amis. Une relation de couple signifie bien plus qu’une simple connivence (…) cela dit, partager une sexualité de couple réjouissante est un objectif plus ambitieux qu’il n’y paraît. Vous trouverez peut-être que les préliminaires sont trop courts, ou que votre partenaire manque d’audace.

Avec une vie professionnelle bien remplie et des enfants, comment préserver une intimité sensuelle et voluptueuse avec votre partenaire, qui vous enthousiasme, vous passionne et vous épanouisse ?

En tant que sexologue et thérapeute de couple, cela fait 20 ans que j’aide les hommes et les femmes qui viennent me voir à trouver des réponses à leurs attentes, des solutions à leurs difficultés. Quels que soient leur âge, leur histoire familiale, leur situation de famille et leur profession, je leur donne des conseils pratiques. Certains de mes patients ont été victimes d’abus sexuels, d’autres ont vécu une relation extraconjugale, d’autres encore cherchent à comprendre leur orientation sexuelle et leur libido, sans compter ceux qui ignorent tout de l’anatomie et du fonctionnement de leurs organes génitaux. Mais tous ont besoin d’amour et de tendresse (…). »

Laura Berman

La plainte des maîtresses d’hommes mariés

 

D’un point de vue extérieur, on ne comprend pas vraiment ce qui pousse ces femmes à rester des années durant des maîtresses d’hommes mariés. Lorsqu’elles en parlent autour d’elles, elles font ressentir à quel point ce qui les lie à ces hommes est irrationnel, c’est à dire à quel point des tendances inconscientes les font s’enliser et rester à la merci de cette situation. Dans l’attente permanente, seuls de brefs moments vécus dans une grande excitation viennent illuminer leur relation.

« Je te donne tout, et toi ? »

Craignant d’être quittées si elles réclament ce dont elles ont véritablement envie, elles se soumettent constamment à ce que l’autre leur impose. Elles attendent alors patiemment de prendre la place de la femme, de l’épouse.

Du côté des hommes mariés, c’est justement à travers cette configuration qu’ils trouvent leur équilibre : d’un côté, l’épouse, la mère, source de tendresse, et de l’autre celle avec qui ils vivent leur sexualité, une femme objet de désir.

La relation est profondément asymétrique du point de vue des attentes et des implications affectives : alors que lui attend d’elle l’assouvissement de ses désirs sexuels, elle, attend tout de lui : tendresse, amour, sexualité.

Ce type de relation entraîne une très grande souffrance morale. Dans leurs discours, il revient souvent qu’elles ne peuvent adresser des demandes à l’autre, et que dans tous les cas, leurs rencontres et leurs échanges dépendront du temps que pourra accorder/trouver le mari par rapport à sa famille. Elles se retrouvent constamment dans un état de frustration, de désir inassouvi et d’attentes de preuves d’amour :  » Certaines femmes témoignent de leur extrême souffrance lorsqu’elles se définissent amèrement comme des « putes gratuites »(Le genre de la souffrance amoureuse 1).

La souffrance est d’autant plus accentuée que cette relation doit rester cachée. Le « caché » est facilement associée à la honte, en même temps qu’à un grand désarroi : aucun partage d’anniversaire, de Noël, ne pas connaître ses amis, sa famille. 

Le sexuel comme fondement des relations

Souvent, ces relations vont se résumer à la dimension sexuelle, à l’assouvissement des désirs masculins. La peur du mari de s’investir avec une autre femme ou la peur que la relation vienne prendre trop de place et qu’ils finissent par être découvert jouent également un rôle. Du côté des maîtresses, la crainte de le perdre si elle le frustre, peut les amener à tout accepter de lui. 

Ces femmes sont particulièrement attentives à satisfaire sexuellement leur partenaire « attention qui par ailleurs les renvoie – lorsque leurs besoins affectifs ne sont pas reconnus ou satisfaits par l’homme – symboliquement aux relations prostitutionnelles et génère un sentiment d’humiliation spécifique ». (1)

Si le désir n’est pas intriqué à l’amour, elles risquent de vivre un sentiment de déchéance, d’être radicalement renvoyées à l’éprouvé de n’être que ce petit bout de corps accrocheur du désir, à la place de prostituée, désirée, pénétrée.

Je me « shoot » de toi

Malgré la description qu’elles font de leurs états émotionnels, elles ne peuvent pour autant y mettre un terme, elles y sont liées coûte que coûte. Le vocabulaire qu’elles emploient pour qualifier ces relations a certaine résonance avec le vocabulaire des toxicomanes, ce qui montre combien la dépendance à l’autre est forte, et combien le besoin impérieux de l’autre doit être assouvi. La relation est inarrêtable. Ces éléments renvoient à l’extrême souffrance qu’elles subissent de la part de l’autre, et le besoin de l’objet extérieur (le mari), lui seul pouvant leur donner le « shoot » lorsqu’elles le voient et le manque absolu lorsqu’il s’en va.

Le rappel de la dépendance vient signaler le type de relation qu’elles mettent en place : elles feraient parties des personnalités que l’on appelle dépendantes.

Chez ce type de personnalité, l’autre est investit comme un objet de besoin. Son rôle est de combler le manque insupportable qu’elles peuvent ressentir. C’est d’ailleurs pour cela que les personnes souffrant d’addictions ont souvent ce type de personnalité, sauf qu’eux, pour s’extraire de ce manque insupportable de l’autre, s’imagine que le toxique va les en extraire (mieux vaut la substance que vivre en manque de l’autre!), et c’est alors le toxique qui devient l’objet censé les combler.

Cela questionne enfin ce qui se joue inconsciemment chez elles et qui les poussent, contre leur gré, à se laisser « maltraiter » par l’autre, à se mettre dans une position où elles subissent, où elles ne s’autorisent pas à réclamer une vraie place, à affirmer leurs propres désirs, et finalement à se mettre dans des relations où la seule place qu’elles obtiennent est celle qui les fait tant souffrir : n’être qu’un objet sexuel.

France Bernard

(1) – Marie-Carmen Garcia, « Le genre de la souffrance amoureuse. Souffrances et résistances de femmes « maîtresses » d’hommes mariés », Pensée plurielle 2015/1 (n°38), p. 123-141.

    

Le couple et son histoire

Le couple et son histoire

                                    D’Eric Smadja

Le couple et son histoire révèle toute la complexité de cette réalité conjugale, vivante et composite – corporelle, sexuelle, psychique et socioculturelle – évoluant selon une temporalité intriquée et s’inscrivant à l’entrecroisement de plusieurs histoires. Elle est traversée par une pluralité de courants d’investissements pulsionnels antagoniques et animée par des conflictualités multiples, internes et externes, en tension permanente entre elles.

L’ouvrage suit le découpage narratif de plusieurs histoires choisies : socioculturelle, épistémologique, « naturelle » (celle du cycle de vie conjugale scandée par des étapes critiques et mutatives), et thérapeutique (celle du couple entreprenant un travail psychanalytique).

Elles sont traitées suivant une approche pluri et interdisciplinaire (historique, sociologique, anthropologique et psychanalytique) qui permet d’esquisser une représentation générale et intelligible, mais irréductiblement hétérogène, de cette réalité conjugale, notamment contemporaine.

Psychiatre, psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, thérapeute de couple et de famille, Eric Smadja est aussi anthropologue. Lauréat du prix de la contribution exceptionnelle à la recherche psychanalytique décerné par l’Association Psychanalytique Internationale en 2007, il a écrit notamment Le rire et Le complexe d’œdipe, cristallisateur du débat psychanalyse/anthropologie.

le démon de midi sera masculin

« Cette tentation, c’est celle qui assiège l’homme, au midi, non pas d’un jour, mais de ses jours, dans la plénitude de sa force. Voici que l’esprit de destruction s’empare de lui, entendez bien, de sa propre destruction. »

Paul Bourget, Le Démon de midi

Dans le langage populaire, il s’agit d’un homme d’âge mûr qui s’éprend d’une jeunette au point d’en perdre la tête, d’en être déboussolé et de déboussoler le monde autour de lui. Abandonnant femme et enfants, ce déchirement dans son existence est vécu dans un climat allant de l’euphorie au catastrophique.

Le démon de midi (1) est une référence à un moment de la journée où le soleil est au zénith, venant ainsi signifier un moment où l’homme aborde « ce moment délicat qu’est le sommet de ce que l’on appelle justement âge d’homme ». Les démons diurnes viennent surprendre des hommes debout, d’autant plus exposés qu’ils se sentent et apparaissent en possession de tous leurs moyens. 

La rupture 

Il faut bien souligner la profonde rupture qui s’opère en lui : « Distrait désormais de ce qui l’absorbait, notre homme se montre hypervigilant à cet objet unique qui le satellise ». Il se désintéresse de son travail, des occupations qu’il avait et bien sûr, se détourne de sa famille.

De l’extérieur, il peut donner l’illusion de revivre son adolescence. Il n’est pas rare que ces hommes adoptent des habitudes de la jeune génération ou se mettent à s’habiller de la même façon. Lui peut même avoir l’impression de la vivre pour la première fois, presque une renaissance. Mais pas seulement vis à vis de lui-même ! Également dans le regard de l’autre, de cette jeune femme qui le découvre seulement aujourd’hui. Elle ne préjuge rien de lui ou de ce qu’il a pu faire avant. Il peut, dès lors, se réinventer à sa guise. Se vivant libre de tout, il n’a en fait jamais été aussi dépendant : elle occupe tout son espace psychique. Il ne se réduit qu’à être l’objet de son désir.

C’est pourquoi l’épouse est si durement mise à distance et rejetée : elle en sait trop ! Elle est également celle qui lui rappelle son âge, son rôle : de mari, de père, d’homme qui travaille ; rôles qu’il ne veut plus incarner, totalement accaparé par ce nouvel amour juvénile.

Le désir se confronte au temps… et à la mort

Bien souvent, cet homme a été confronté à un incident qui lui fait prendre conscience que la vie a une fin, qu’elle peut se terminer (maladie, accident, décès)… et c’est la cassure !

La prise de conscience de la finitude de l’existence a l’effet d’un trauma psychique, tout se désintrique. L’enjeu fondamental du démon de midi est bien le rapport du désir au temps et à la mort.

A ce moment précis, c’est comme si la loi et les interdits ne tenaient plus et qu’il était libre de les transgresser. C’est en quelque sorte un meurtre symbolique du père, représentant de la loi et de l’interdit de l’inceste. Le démon de midi fait croire à l’homme mûr qu’il est toujours jeune, qu’il échappera au vieillissement en se liant à une femme jeune et en rejetant son épouse qui ne peut que lui rappeler son âge.

La femme idéale de leur rêve est le plus souvent leur mère, magiquement réincarnée en une personne jeune, ou encore leur fille préférée qui vient de quitter la maison familiale. Le démon de midi est en fait le démon de l’inceste. D’ailleurs, aux yeux des autres, c’est bien comme ça qu’un tel couple est regardé, car ce couple représente la réalisation de leur propre fantasme incestueux vis à vis de leur parents. Et bien souvent, aux yeux des autres, ils dérangent…

Cas clinique (2)

Suzanne s’est marié à l’âge de 22 ans avec un artisan de son âge qui a été son premier et unique amour. Ils ont vécu plus de trente ans dans une maison qu’ils ont fait construire. Ils auront deux enfants, tous les deux partis de la maison. Le départ du petit dernier a été difficile à vivre pour Suzanne. 

N’ayant jamais eu d’activité professionnelle, Suzanne a consacré sa vie à ses enfants, son ménage et son jardin. Elle se serait toujours bien entendu avec son mari. Leur vie amoureuse a toujours été satisfaisante, leurs relations sexuelles régulières et fréquentes. Jamais elle n’avait imaginé que son mari puisse un jour s’éloigner d’elle et lui être infidèle. Seulement un jour, elle constate un brusque changement dans son comportement : il rentre tard du travail, ne lui parle plus, n’a plus de désir sexuel ni de gestes affectueux. 

Émilie est une femme d’un autre type que Suzanne, elle gagne sa vie et ne dépend de personne. Entre elle et le mari de Suzanne ce fut le coup de foudre. Le mari se laisse séduire passivement, il est certainement flatté de plaire à une jeune femme séduisante qui lui dit et qui lui prouve qu’elle l’aime en voulant prendre aussitôt la place de Suzanne. Il est immédiatement pris de passion pour elle, plus rien d’autre ne compte. Il devient sourd et aveugle à tous les appels de détresse de Suzanne. Émilie exerce sur lui un pouvoir quasi hypnotique, elle parvient à lui faire lâcher tous ses repères habituels et à le déstabiliser totalement. Il renie sa vie antérieure et devient agressif dès que Suzanne cherche à le ramener à la réalité. Il se comporte avec elle comme si elle n’existait plus pour lui, comme si elle était devenue une étrangère ou même une ennemie.

Le démon de midi qu’a été Émilie pour le mari de Suzanne, a eu, sur lui, l’effet d’un coup de foudre, cette femme a complètement bouleversé sa vie en le séduisant. Cet homme sans histoire est brusquement tombé sous sa coupe, comme s’il avait hypnotisé par elle. Du jour au lendemain, il est devenu amnésique, muet, sourd et aveugle face à son épouse, prêt à sacrifier et à renier toute son existence antérieure, par amour pour cette femme. Elle est devenue pour lui objet de désir et d’amour parce qu’il a projeté sur elle l’image de la femme idéale de ses fantasmes que Suzanne n’incarnait plus depuis longtemps. Et ensemble, ils se donnent l’illusion de pouvoir vivre hors du temps et de l’espace, sans tenir compte des réactions de leur entourage. 

 

France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Le démon de midi, Éditions de l’Olivier, 2008

2- Robert Viry, Psychopathologie de la vie amoureuseEtudes de cas, Presses Universitaires de Nancy, 1998, pp. 117-123

Guérir son enfant intérieur, faire la paix avec son passé de Moussa Nabati

« Tout être humain abrite en lui, telle une poupée russe, deux Moi, l’un adulte, l’autre enfantin. Le premier, soumis au principe de réalité, est capable de se comporter, au travail ou en amour, de façon lucide. Le second, en revanche, faute de réflexion et de recul, emporté par une émotionalité débordante, oscille entre dramatisation anxieuse et excitation euphorique.
C’est en réalité l’enfant intérieur qui guide les pas de l’adulte. Véritable ange gardien lorsque l’enfance a été heureuse et sécurisée, il risque d’être persécuteur, plaçant l’adulte dans un contexte d’échec ou de dépendance affective, s’il a été victime de maltraitances ou a dû assister, impuissant, à la souffrance de ses parents. »
guérir son enfant intérieur Moussa Nabati

Moussa Nabati nous montre à travers de nombreux témoignages que ce n’est jamais vraiment l’adulte qui souffre mais l’enfant en lui. Dès lors, pour se libérer du passé et trouver son équilibre, il faut rechercher son enfant intérieur, l’écouter et faire la paix avec lui pour le guérir.

Infidélité masculine, entre la mère et la putain

Chez certains hommes, l’accès à la paternité s’accompagnent d’une extinction du désir sexuel pour leur femme, ou bien, les relations sexuelles s’accompagnent désormais de troubles de l’érection (éjaculation précoce, impuissance). Mais qu’est ce qui rend le désir impossible, barré, avec l’arrivée des enfants ?

Le courant tendre et le courant sensuel

Au niveau psychique, l’amour est désigné par le courant tendre correspondant au choix d’objet infantile, et le désir, par le courant sensuel émergeant au moment de l’adolescence, et poussant à rechercher un objet qui représente un substitut de la mère, premier objet d’amour. 

Chez les hommes, le clivage entre ces deux courants est beaucoup plus aisé (il leur est facile de désirer une femme sans avoir de sentiments pour elle), mais c’est de ce clivage que peuvent apparaître des difficultés… Une fixation incestueuse non résolue à la mère peut prendre la forme d’un conflit entre ces deux courants : comment désirer et aimer une femme qui devient mère, si ma mère était aussi une femme que j’aimais ?

Une des issues possibles apparaît dans le rabaissement de l’objet sexuel : l’image de la putain permet de préserver l’image de la mère. Nous pourrions donner l’exemple de l’homme amoureux d’une prostituée, celle-ci ne ressemblant en rien à la mère, l’homme peut la désirer. 

« Résoudre » son complexe d’œdipe, c’est avoir créée une représentation globale de la femme en rassemblant à la fois l’image de la putain avec celle de la mère (1).

Devenir père

Lorsqu’ils deviennent père, certains n’éprouvent plus de désir pour leur femme. L’image de la femme se confondant avec celle de leur propre mère, la femme interdite, l’épouse devient frappée d’interdit à son tour. C’est là que peut apparaître une autre femme, la maîtresse. Elle devient la putain (l’objet sexuel rabaissé), entièrement et seulement réservée au sexuel, pour qui l’homme pourra avoir du désir.

Il y aura, dès lors, l’épouse respectable, idéalisée, et de l’autre, les femmes objets de désir. La vie amoureuse de l’homme se trouve alors clivée, l’image de la putain permettant de préserver l’image de la mère.

Les maîtresses peuvent donc attendre longtemps de pouvoir prendre la place de l’épouse, puisque si la situation est précisément structurée sur ce mode, c’est pour dissocier les deux figures et pas seulement varier les plaisirs !

Le cas de l’amant

Ce clivage est aussi à l’œuvre chez des hommes ne pouvant désirer que des femmes déjà en couple : c’est la situation du trio adultère ! L’homme prend une femme mariée pour objet sexuel, satisfaisant ainsi son « amour de la putain » puisque cette femme n’est pas chaste, et en même temps, son amour incestueux puisque cette femme appartient à un autre homme, comme la mère appartenait au père. Cette situation a en outre l’avantage de léser le mari, le rival, substitut du père.

Jacqueline et Philippe (1)

Philippe et Jacqueline sont mariés depuis presque dix ans. Pendant longtemps, le sexe disent ils à été formidable, jusqu’au moment où il lui a demandé sa main. Très vite, elle a cessé de l’exciter, et huit années d’infidélité ont suivi. Elle en a découvert certaines et il lui en a révélé quelques unes. Philippe ressentait chaque fois de la honte, suivie de remords et de repentir et se jurait de changer, mais il finissait de nouveau par s’agiter. 

Le père de Philippe a une série d’aventures qu’il n’a jamais caché, tout comme le grand-père de Philippe. Sa mère en a beaucoup souffert. Philippe a essayé de se distinguer le plus possible de son père en étant un « enfant prodige asexué », bien qu’il se sentait déchaîné à l’intérieur. Le goût pour une moralité rigide a finalement servi à nourrir son obsession de briser les règles. 

Identifié aux désirs du père, il ressent une profonde excitation pour les femmes et tente de protéger sa compagne comme il protégeait sa mère. Seulement dès qu’elle devient officiellement sa femme, elle se confond avec l’image de sa propre mère : le désir s’éteint et il se met à jouer un scénario familial qui n’est pas le sien. 

France Bernard

1- S. Freud, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, In La vie sexuelle, PUF, 13ème édition, 1912

2- E. Perel, L’intelligence érotique. Faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007

La vie sexuelle de S. Freud

Les textes présentés dans ce recueil viennent compléter la connaissance qu’il peut acquérir de la théorie freudienne de la sexualité à travers toute une série d’ouvrages majeurs dont le plus indispensable reste évidemment Les trois essais sur la théorie de la sexualité. Ici, on ne trouvera pas de textes synthétiques présentant la doctrine sous une forme qui se veut relativement achevée, mais des articles plus brefs et à visée plus partielle, où se marque chaque fois un temps de la recherche et de la découverte.

Articles du livre :

  • Les théories sexuelles infantiles

  • Contributions à la psychologie de la vie amoureuse : Un type de choix d’objet chez l’homme ; Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse

  • La disparition du complexe d’œdipe

  • Le fétichisme…

Un jour mon prince… Rencontrer l’amour et le faire durer

Un jour mon prince… Rencontrer l’amour et le faire durer

de Philippe Brenot

« J’aimerai rencontrer l’homme idéal, celui qui transformera ma vie. Cette phrase, combien de fois l’ai-je entendue dans la bouche des femmes qui viennent me consulter ? Quel que soit leur âge, beaucoup sont en attente de l’amour, et souvent rien ne vient…

Même à l’heure des sites de rencontres et de l’égalité entre les sexes, le mythe du prince charmant nourrit notre imaginaire. Cette idéalisation place de nombreuses femmes dans une position passive, et dans l’impasse.

Pour tomber amoureux, il faut apprendre à être soi et accepter l’imperfection. Dans ce livre, je vous donnes les trois clés indispensables pour une rencontre vraie. Cela fait trente ans que j’ai pu le vérifier auprès des couples que je côtoie. Je vais vous raconter de vraies et belles histoires d’amour, celles qui nous inspirent. Et je vais vous confier les secrets qui, selon moi, permettent aux couples de durer. Car si aimer et être aimé est une question de disponibilité, c’est aussi un apprentissage. »

Philippe Brenot

Ce livre s’accompagne d’une enquête inédite de l’Observatoire international du couple sur la rencontre amoureuse.

Philippe Brenot est psychiatre et thérapeute de couple, enseignant à l’université Paris V Descartes et président de l’Observatoire international du couple.

L’alcoolisme comme addiction

« Je me souviens nettement que je fus soudain, sans aucune incitation de l’amour-propre, possédé par la soif du risque. Peut-être qu’après avoir passé par un si grand nombre de sensations l’âme ne peut s’en rassasier mais seulement s’en irriter et exige des sensations nouvelles, de plus en plus violentes, jusqu’à l’épuisement total . »

Fiodor Dostoïevski, Le joueur.

L’alcoolisme comme addiction

L’alcoolisme concerne psychiatres, psychologues, psychanalystes, médecins, biologistes, toxicologues, travailleurs sociaux, économistes et politiques. C’est dire que l’alcoologie se veut pluridisciplinaire.

L’alcoolisme est une conduite de dépendance, une forme d’addiction.

L’alcoolique éprouve un désir invincible, le besoin de boire, il a tendance à augmenter les doses (tolérance), et il est vis-à-vis des boissons alcoolisées dans une situation de dépendance psychique et physique. Il ne peut s’arrêter de boire sans être malade, il ne peut pas ne pas recommencer.

La maladie alcoolique est, de très loin, la forme la plus répandue de toxicomanie, du moins en France. Ses complications sont nombreuses et les malades de l’alcoolisme innombrables.

La personnalité des alcooliques :

il n’y a pas de personnalité alcoolique spécifique, qui conduirait à s’alcooliser ; cependant :

  • certains traits de caractères se retrouvent assez fréquemment : appétence orale, mauvaise tolérance aux frustrations, impulsivité, goût pour les sensations fortes ;

  • certaines personnalités pathologiques favorisent une alcoolisation secondaire : personnalités névrotiques (phobiques, hystériques, anxieuses et dépendantes), ou limites (organisations dépressives, états-limites).

Alcoolismes primaire et secondaire

l’alcoolisme primaire représente environ 70% des cas : la conduite alcoolique est le trouble prévalent. Le sevrage et l’abstinence ramènent à une vie normale ;

L’alcoolisme secondaire vient compliquer des troubles préexistants : dépression, anxiété, névrose, schizophrénie. Le sevrage et l’abstinence sont nécessaires, mais pas suffisants : il faudra soigner le trouble sous-jacent. L’alcool servait ici d’auto-médication.

La prise en charge peut nécessiter l’intervention de plusieurs professionnels : addictologues, psychologues, infirmiers etc. Hormis les cures, il existe également des centres accessibles en ambulatoires : les CSAPA.

Evaluer la dépendance à une substance :

  1. la tolérance

(a) besoin de quantités notablement plus fortes de la substance pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré ;

(b) effet notablement diminué en cas d’utilisation continue d’une même quantité de la substance.

  1. La substance est souvent prise en quantité plus importante ou pendant une période plus prolongée que prévu.

  2. Il y a un désir persistant, ou des efforts infructueux, pour diminuer ou contrôler l’utilisation de la substance ;

  3. Beaucoup de temps est passé à des activités nécessaires pour obtenir la substance, à utiliser le produit, ou à récupérer de ses effets ;

  4. Des activités sociales, professionnelles ou de loisirs importantes sont abandonnées ou réduites à cause de l’utilisation de la substance ;

  5. L’utilisation de la substance est poursuivie bien que la personne sache avoir un problème psychologique ou physique persistant ou récurrent susceptible d’avoir été causé ou exacerbé par la substance.

J-P. Descombey, Précis d’alcoologie clinique, Dunod, Paris, 1994

Sans alcool, de Claire Touzard