le démon de midi sera masculin

« Cette tentation, c’est celle qui assiège l’homme, au midi, non pas d’un jour, mais de ses jours, dans la plénitude de sa force. Voici que l’esprit de destruction s’empare de lui, entendez bien, de sa propre destruction. »

Paul Bourget, Le Démon de midi

Dans le langage populaire, il s’agit d’un homme d’âge mûr qui s’éprend d’une jeunette au point d’en perdre la tête, d’en être déboussolé et de déboussoler le monde autour de lui. Abandonnant femme et enfants, ce déchirement dans son existence est vécu dans un climat allant de l’euphorie au catastrophique.

Le démon de midi (1) est une référence à un moment de la journée où le soleil est au zénith, venant ainsi signifier un moment où l’homme aborde « ce moment délicat qu’est le sommet de ce que l’on appelle justement âge d’homme ». Les démons diurnes viennent surprendre des hommes debout, d’autant plus exposés qu’ils se sentent et apparaissent en possession de tous leurs moyens. 

La rupture 

Il faut bien souligner la profonde rupture qui s’opère en lui : « Distrait désormais de ce qui l’absorbait, notre homme se montre hypervigilant à cet objet unique qui le satellise ». Il se désintéresse de son travail, des occupations qu’il avait et bien sûr, se détourne de sa famille.

De l’extérieur, il peut donner l’illusion de revivre son adolescence. Il n’est pas rare que ces hommes adoptent des habitudes de la jeune génération ou se mettent à s’habiller de la même façon. Lui peut même avoir l’impression de la vivre pour la première fois, presque une renaissance. Mais pas seulement vis à vis de lui-même ! Également dans le regard de l’autre, de cette jeune femme qui le découvre seulement aujourd’hui. Elle ne préjuge rien de lui ou de ce qu’il a pu faire avant. Il peut, dès lors, se réinventer à sa guise. Se vivant libre de tout, il n’a en fait jamais été aussi dépendant : elle occupe tout son espace psychique. Il ne se réduit qu’à être l’objet de son désir.

C’est pourquoi l’épouse est si durement mise à distance et rejetée : elle en sait trop ! Elle est également celle qui lui rappelle son âge, son rôle : de mari, de père, d’homme qui travaille ; rôles qu’il ne veut plus incarner, totalement accaparé par ce nouvel amour juvénile.

Le désir se confronte au temps… et à la mort

Bien souvent, cet homme a été confronté à un incident qui lui fait prendre conscience que la vie a une fin, qu’elle peut se terminer (maladie, accident, décès)… et c’est la cassure !

La prise de conscience de la finitude de l’existence a l’effet d’un trauma psychique, tout se désintrique. L’enjeu fondamental du démon de midi est bien le rapport du désir au temps et à la mort.

A ce moment précis, c’est comme si la loi et les interdits ne tenaient plus et qu’il était libre de les transgresser. C’est en quelque sorte un meurtre symbolique du père, représentant de la loi et de l’interdit de l’inceste. Le démon de midi fait croire à l’homme mûr qu’il est toujours jeune, qu’il échappera au vieillissement en se liant à une femme jeune et en rejetant son épouse qui ne peut que lui rappeler son âge.

La femme idéale de leur rêve est le plus souvent leur mère, magiquement réincarnée en une personne jeune, ou encore leur fille préférée qui vient de quitter la maison familiale. Le démon de midi est en fait le démon de l’inceste. D’ailleurs, aux yeux des autres, c’est bien comme ça qu’un tel couple est regardé, car ce couple représente la réalisation de leur propre fantasme incestueux vis à vis de leur parents. Et bien souvent, aux yeux des autres, ils dérangent…

Cas clinique (2)

Suzanne s’est marié à l’âge de 22 ans avec un artisan de son âge qui a été son premier et unique amour. Ils ont vécu plus de trente ans dans une maison qu’ils ont fait construire. Ils auront deux enfants, tous les deux partis de la maison. Le départ du petit dernier a été difficile à vivre pour Suzanne. 

N’ayant jamais eu d’activité professionnelle, Suzanne a consacré sa vie à ses enfants, son ménage et son jardin. Elle se serait toujours bien entendu avec son mari. Leur vie amoureuse a toujours été satisfaisante, leurs relations sexuelles régulières et fréquentes. Jamais elle n’avait imaginé que son mari puisse un jour s’éloigner d’elle et lui être infidèle. Seulement un jour, elle constate un brusque changement dans son comportement : il rentre tard du travail, ne lui parle plus, n’a plus de désir sexuel ni de gestes affectueux. 

Émilie est une femme d’un autre type que Suzanne, elle gagne sa vie et ne dépend de personne. Entre elle et le mari de Suzanne ce fut le coup de foudre. Le mari se laisse séduire passivement, il est certainement flatté de plaire à une jeune femme séduisante qui lui dit et qui lui prouve qu’elle l’aime en voulant prendre aussitôt la place de Suzanne. Il est immédiatement pris de passion pour elle, plus rien d’autre ne compte. Il devient sourd et aveugle à tous les appels de détresse de Suzanne. Émilie exerce sur lui un pouvoir quasi hypnotique, elle parvient à lui faire lâcher tous ses repères habituels et à le déstabiliser totalement. Il renie sa vie antérieure et devient agressif dès que Suzanne cherche à le ramener à la réalité. Il se comporte avec elle comme si elle n’existait plus pour lui, comme si elle était devenue une étrangère ou même une ennemie.

Le démon de midi qu’a été Émilie pour le mari de Suzanne, a eu, sur lui, l’effet d’un coup de foudre, cette femme a complètement bouleversé sa vie en le séduisant. Cet homme sans histoire est brusquement tombé sous sa coupe, comme s’il avait hypnotisé par elle. Du jour au lendemain, il est devenu amnésique, muet, sourd et aveugle face à son épouse, prêt à sacrifier et à renier toute son existence antérieure, par amour pour cette femme. Elle est devenue pour lui objet de désir et d’amour parce qu’il a projeté sur elle l’image de la femme idéale de ses fantasmes que Suzanne n’incarnait plus depuis longtemps. Et ensemble, ils se donnent l’illusion de pouvoir vivre hors du temps et de l’espace, sans tenir compte des réactions de leur entourage. 

 

France Bernard

1- Paul-Laurent Assoun, Le démon de midi, Éditions de l’Olivier, 2008

2- Robert Viry, Psychopathologie de la vie amoureuseEtudes de cas, Presses Universitaires de Nancy, 1998, pp. 117-123

Guérir son enfant intérieur, faire la paix avec son passé de Moussa Nabati

« Tout être humain abrite en lui, telle une poupée russe, deux Moi, l’un adulte, l’autre enfantin. Le premier, soumis au principe de réalité, est capable de se comporter, au travail ou en amour, de façon lucide. Le second, en revanche, faute de réflexion et de recul, emporté par une émotionalité débordante, oscille entre dramatisation anxieuse et excitation euphorique.
C’est en réalité l’enfant intérieur qui guide les pas de l’adulte. Véritable ange gardien lorsque l’enfance a été heureuse et sécurisée, il risque d’être persécuteur, plaçant l’adulte dans un contexte d’échec ou de dépendance affective, s’il a été victime de maltraitances ou a dû assister, impuissant, à la souffrance de ses parents. »
guérir son enfant intérieur Moussa Nabati

Moussa Nabati nous montre à travers de nombreux témoignages que ce n’est jamais vraiment l’adulte qui souffre mais l’enfant en lui. Dès lors, pour se libérer du passé et trouver son équilibre, il faut rechercher son enfant intérieur, l’écouter et faire la paix avec lui pour le guérir.

Infidélité masculine, entre la mère et la putain

Chez certains hommes, l’accès à la paternité s’accompagnent d’une extinction du désir sexuel pour leur femme, ou bien, les relations sexuelles s’accompagnent désormais de troubles de l’érection (éjaculation précoce, impuissance). Mais qu’est ce qui rend le désir impossible, barré, avec l’arrivée des enfants ?

Le courant tendre et le courant sensuel

Au niveau psychique, l’amour est désigné par le courant tendre correspondant au choix d’objet infantile, et le désir, par le courant sensuel émergeant au moment de l’adolescence, et poussant à rechercher un objet qui représente un substitut de la mère, premier objet d’amour. 

Chez les hommes, le clivage entre ces deux courants est beaucoup plus aisé (il leur est facile de désirer une femme sans avoir de sentiments pour elle), mais c’est de ce clivage que peuvent apparaître des difficultés… Une fixation incestueuse non résolue à la mère peut prendre la forme d’un conflit entre ces deux courants : comment désirer et aimer une femme qui devient mère, si ma mère était aussi une femme que j’aimais ?

Une des issues possibles apparaît dans le rabaissement de l’objet sexuel : l’image de la putain permet de préserver l’image de la mère. Nous pourrions donner l’exemple de l’homme amoureux d’une prostituée, celle-ci ne ressemblant en rien à la mère, l’homme peut la désirer. 

« Résoudre » son complexe d’œdipe, c’est avoir créée une représentation globale de la femme en rassemblant à la fois l’image de la putain avec celle de la mère (1).

Devenir père

Lorsqu’ils deviennent père, certains n’éprouvent plus de désir pour leur femme. L’image de la femme se confondant avec celle de leur propre mère, la femme interdite, l’épouse devient frappée d’interdit à son tour. C’est là que peut apparaître une autre femme, la maîtresse. Elle devient la putain (l’objet sexuel rabaissé), entièrement et seulement réservée au sexuel, pour qui l’homme pourra avoir du désir.

Il y aura, dès lors, l’épouse respectable, idéalisée, et de l’autre, les femmes objets de désir. La vie amoureuse de l’homme se trouve alors clivée, l’image de la putain permettant de préserver l’image de la mère.

Les maîtresses peuvent donc attendre longtemps de pouvoir prendre la place de l’épouse, puisque si la situation est précisément structurée sur ce mode, c’est pour dissocier les deux figures et pas seulement varier les plaisirs !

Le cas de l’amant

Ce clivage est aussi à l’œuvre chez des hommes ne pouvant désirer que des femmes déjà en couple : c’est la situation du trio adultère ! L’homme prend une femme mariée pour objet sexuel, satisfaisant ainsi son « amour de la putain » puisque cette femme n’est pas chaste, et en même temps, son amour incestueux puisque cette femme appartient à un autre homme, comme la mère appartenait au père. Cette situation a en outre l’avantage de léser le mari, le rival, substitut du père.

Jacqueline et Philippe (1)

Philippe et Jacqueline sont mariés depuis presque dix ans. Pendant longtemps, le sexe disent ils à été formidable, jusqu’au moment où il lui a demandé sa main. Très vite, elle a cessé de l’exciter, et huit années d’infidélité ont suivi. Elle en a découvert certaines et il lui en a révélé quelques unes. Philippe ressentait chaque fois de la honte, suivie de remords et de repentir et se jurait de changer, mais il finissait de nouveau par s’agiter. 

Le père de Philippe a une série d’aventures qu’il n’a jamais caché, tout comme le grand-père de Philippe. Sa mère en a beaucoup souffert. Philippe a essayé de se distinguer le plus possible de son père en étant un « enfant prodige asexué », bien qu’il se sentait déchaîné à l’intérieur. Le goût pour une moralité rigide a finalement servi à nourrir son obsession de briser les règles. 

Identifié aux désirs du père, il ressent une profonde excitation pour les femmes et tente de protéger sa compagne comme il protégeait sa mère. Seulement dès qu’elle devient officiellement sa femme, elle se confond avec l’image de sa propre mère : le désir s’éteint et il se met à jouer un scénario familial qui n’est pas le sien. 

France Bernard

1- S. Freud, Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse, In La vie sexuelle, PUF, 13ème édition, 1912

2- E. Perel, L’intelligence érotique. Faire (re)vivre le désir dans le couple, Editions Robert Laffont, Paris, 2007

La vie sexuelle de S. Freud

Les textes présentés dans ce recueil viennent compléter la connaissance qu’il peut acquérir de la théorie freudienne de la sexualité à travers toute une série d’ouvrages majeurs dont le plus indispensable reste évidemment Les trois essais sur la théorie de la sexualité. Ici, on ne trouvera pas de textes synthétiques présentant la doctrine sous une forme qui se veut relativement achevée, mais des articles plus brefs et à visée plus partielle, où se marque chaque fois un temps de la recherche et de la découverte.

Articles du livre :

  • Les théories sexuelles infantiles

  • Contributions à la psychologie de la vie amoureuse : Un type de choix d’objet chez l’homme ; Sur le plus général des rabaissements de la vie amoureuse

  • La disparition du complexe d’œdipe

  • Le fétichisme…

Un jour mon prince… Rencontrer l’amour et le faire durer

Un jour mon prince… Rencontrer l’amour et le faire durer

de Philippe Brenot

« J’aimerai rencontrer l’homme idéal, celui qui transformera ma vie. Cette phrase, combien de fois l’ai-je entendue dans la bouche des femmes qui viennent me consulter ? Quel que soit leur âge, beaucoup sont en attente de l’amour, et souvent rien ne vient…

Même à l’heure des sites de rencontres et de l’égalité entre les sexes, le mythe du prince charmant nourrit notre imaginaire. Cette idéalisation place de nombreuses femmes dans une position passive, et dans l’impasse.

Pour tomber amoureux, il faut apprendre à être soi et accepter l’imperfection. Dans ce livre, je vous donnes les trois clés indispensables pour une rencontre vraie. Cela fait trente ans que j’ai pu le vérifier auprès des couples que je côtoie. Je vais vous raconter de vraies et belles histoires d’amour, celles qui nous inspirent. Et je vais vous confier les secrets qui, selon moi, permettent aux couples de durer. Car si aimer et être aimé est une question de disponibilité, c’est aussi un apprentissage. »

Philippe Brenot

Ce livre s’accompagne d’une enquête inédite de l’Observatoire international du couple sur la rencontre amoureuse.

Philippe Brenot est psychiatre et thérapeute de couple, enseignant à l’université Paris V Descartes et président de l’Observatoire international du couple.

L’alcoolisme comme addiction

« Je me souviens nettement que je fus soudain, sans aucune incitation de l’amour-propre, possédé par la soif du risque. Peut-être qu’après avoir passé par un si grand nombre de sensations l’âme ne peut s’en rassasier mais seulement s’en irriter et exige des sensations nouvelles, de plus en plus violentes, jusqu’à l’épuisement total . »

Fiodor Dostoïevski, Le joueur.

L’alcoolisme comme addiction

L’alcoolisme concerne psychiatres, psychologues, psychanalystes, médecins, biologistes, toxicologues, travailleurs sociaux, économistes et politiques. C’est dire que l’alcoologie se veut pluridisciplinaire.

L’alcoolisme est une conduite de dépendance, une forme d’addiction.

L’alcoolique éprouve un désir invincible, le besoin de boire, il a tendance à augmenter les doses (tolérance), et il est vis-à-vis des boissons alcoolisées dans une situation de dépendance psychique et physique. Il ne peut s’arrêter de boire sans être malade, il ne peut pas ne pas recommencer.

La maladie alcoolique est, de très loin, la forme la plus répandue de toxicomanie, du moins en France. Ses complications sont nombreuses et les malades de l’alcoolisme innombrables.

La personnalité des alcooliques :

il n’y a pas de personnalité alcoolique spécifique, qui conduirait à s’alcooliser ; cependant :

  • certains traits de caractères se retrouvent assez fréquemment : appétence orale, mauvaise tolérance aux frustrations, impulsivité, goût pour les sensations fortes ;

  • certaines personnalités pathologiques favorisent une alcoolisation secondaire : personnalités névrotiques (phobiques, hystériques, anxieuses et dépendantes), ou limites (organisations dépressives, états-limites).

Alcoolismes primaire et secondaire

l’alcoolisme primaire représente environ 70% des cas : la conduite alcoolique est le trouble prévalent. Le sevrage et l’abstinence ramènent à une vie normale ;

L’alcoolisme secondaire vient compliquer des troubles préexistants : dépression, anxiété, névrose, schizophrénie. Le sevrage et l’abstinence sont nécessaires, mais pas suffisants : il faudra soigner le trouble sous-jacent. L’alcool servait ici d’auto-médication.

La prise en charge peut nécessiter l’intervention de plusieurs professionnels : addictologues, psychologues, infirmiers etc. Hormis les cures, il existe également des centres accessibles en ambulatoires : les CSAPA.

Evaluer la dépendance à une substance :

  1. la tolérance

(a) besoin de quantités notablement plus fortes de la substance pour obtenir une intoxication ou l’effet désiré ;

(b) effet notablement diminué en cas d’utilisation continue d’une même quantité de la substance.

  1. La substance est souvent prise en quantité plus importante ou pendant une période plus prolongée que prévu.

  2. Il y a un désir persistant, ou des efforts infructueux, pour diminuer ou contrôler l’utilisation de la substance ;

  3. Beaucoup de temps est passé à des activités nécessaires pour obtenir la substance, à utiliser le produit, ou à récupérer de ses effets ;

  4. Des activités sociales, professionnelles ou de loisirs importantes sont abandonnées ou réduites à cause de l’utilisation de la substance ;

  5. L’utilisation de la substance est poursuivie bien que la personne sache avoir un problème psychologique ou physique persistant ou récurrent susceptible d’avoir été causé ou exacerbé par la substance.

J-P. Descombey, Précis d’alcoologie clinique, Dunod, Paris, 1994

Sans alcool, de Claire Touzard

Précis d’alcoologie clinique

Précis d’alcoologie clinique

                                      de J-P. Descombey

Ce précis d’alcoologie clinique est d’abord destiné aux praticiens de l’alcoologie de terrain et à ceux qui se forment à cette pratique. Il se veut donc essentiellement pédagogique et procède par étapes :

  • il fournit les bases indispensables de l’alcoologie ;

  • il approfondit la clinique et la psychopathologie des aspects essentiels des alcoolismes ;

  • il amorce la discussion des problèmes encore sujets à controverse ;

  • il donne un aperçu global d’un cas clinique dans le cadre d’une psychothérapie analytique.

La référence à la théorie freudienne est explicite et fait l’objet d’une réflexion continue de la part de l’auteur, qui met notamment l’accent sur les difficultés de Freud à penser les problèmes posés par les toxiques.

A la différence d’autres manuels, ce précis est essentiellement consacré à la psychopathologie de la vie quotidienne de l’alcoolique, ses souffrances, ses difficultés à devenir sujet, et aux contre-attitudes du thérapeute face aux problématiques addictives.

Le Docteur Jean-Paul Descombey, psychiatre des hôpitaux, est médecin-chef au centre hospitalier de Saint-Anne à Paris, psychanalyste membre affilié de la Société Psychanalytique de Paris et de la Société française d’alcoologie.

La femme infidèle, fonctions du mari et de l’amant

Anne Sexton (1928-1974), poétesse américaine : « Ce n’est pas que je suis belle, c’est juste que je sais faire en sorte que certains hommes tombent amoureux de moi. L’effet de cette chose là est plus fort que l’alcool. Ce n’est pas pour coucher avec eux, c’est comme un rituel. Si je veux aller plus loin, je n’ai qu’à dire : j’ai besoin de toi … Quand j’y songe, vraiment, je me dis que je vais en crever, c’est une vraie maladie ; ça va détruire les enfants, briser mon mari et l’idée que n’importe qui se fait de moi. Depuis que ma mère est morte, je veux toujours avoir le sentiment que quelqu’un est amoureux de moi. Un sacré narcotique que d’avoir des gens amoureux de moi. »

La littérature sentimentale, lorsqu’elle traite de l’amour adultère, nous parle de caresses, de paroles, de mots doux de l’amant, mais parle peu de l’acte sexuel en lui-même. Elle permet à la lectrice de jouir de l’image d’une mère idéale et bénéfique cachée sous les traits d’un amant protecteur et surtout caressant. Le modèle d’un amour adultère véhiculé par les auteurs féminins au fil des siècles (1) s’appuie sur une double nécessité : du ressourcement narcissique que procure l’amant (bon pour l’ego d’être aimée et désirée par un homme), et de la présence d’un tiers dans la relation passionnelle qui empêche de s’y perdre, le mari.

Bien que la demande de la femme adultère s’adresse à deux hommes (le mari et l’amant), elle dissimule en fait une demande homosexuelle inassouvissable à la mère des origines.

Derrière l’amant, la mère

La passion qui submerge, l’impression de fusion avec l’autre, les mots ne sont parfois pas assez fort pour décrire cet état par ceux qui le vivent. Les mots manquent. Cet état est en quelque sorte une reconstruction, après-coup, de l’amour rêvé avec la mère…

L’amant enveloppe la femme grâce à ses caresses et ses mots, il l’amène à régresser vers l’univers maternel des premiers temps de la vie, univers de fusion, remplit d’un amour idéal et donc inatteignable. Replonger dans cet univers permet alors à la femme de se croire, un court moment, l’unique objet d’amour.

Les descriptions écrites par des femmes de ces instants restent flous, diffus, et ce n’est pas tant par pudeur plutôt que par nécessité d’en rester au sentiment diffus mais pleinement satisfaisant d’un état de régression, de l’ordre du mythe, du mythe d’un amour inconditionnel. L’amant lui permet de vivre dans un état où les illusions sont les plus fortes.

Mais dans ce désir de re-trouvailles avec la mère idéale, la distance est nécessaire, sinon la passion pourrait bien s’avérer fatale. Les faits divers d’ailleurs ne manquent pas qui nous en montre les dangers.

Le garde-fou

C’est d’ailleurs la fonction du mari de venir empêcher que cet état passionnel ne vire au cauchemar. C’est parce que la femme l’a intériorisé comme tel, dans sa psyché, que cela fonctionne.

Le mari représente le monde du mariage et de ses lois et fonctionne comme un cadre réconfortant avant de se lancer dans l’aventure (ce lit étranger) de l’adultère : sous l’aile protectrice du mari la relation adultère peut être vécue dans ses composantes les plus régressives. Le rôle du mari est de maintenir un cadre à la régression que s’autorise la femme dans la passion adultère, pour éviter qu’elle ne s’y perde.

Le secret est ici nécessaire, avec un mari mis en position de garant du cadre de la loi, et un amant pour la transgresser. C’est alors que l’adultère peut être vécue dans un état de passion « contrôlée », sans risquer pour autant de perdre les avantages du mariage. Si la relation adultère vient à se terminer, elle pourra puiser dans la relation avec son mari pour s’en remettre et y trouver du réconfort pour faire face à la perte.

France Bernard

(1) A. Houel, L’adultère au féminin et son roman, Armand Colin, 1999

Des yeux pour guérir (livre)

Des yeux pour guérir

                                      de Francine Shapiro

Dans ce livre passionnant, Francine Shapiro raconte comment elle a inventé l’EMDR. Cette thérapie repose sur une découverte majeure : notre cerveau est équipé pour guérir une blessure psychique. Lorsque celle-ci persiste, c’est que le choc traumatique qui l’a causée bloque le traitement des informations douloureuses. L’EMDR consiste alors, grâce à une stimulation des mouvements oculaires, à remettre en route la « digestion » naturelle des souvenirs pathogènes, qui s’intègrent ainsi dans la mémoire.

Les premiers patients de Francine Shapiro furent des vétérans du Viêtnam. Mais la chercheuse présente de nombreux autres cas de chocs traumatiques traités grâce à l’EMDR. Si cette thérapie ne peut effacer le passé, elle permet qu’il ne fasse plus mal.

Prix Sigmund Freud

Francine Shapiro est psychothérapeute et membre du célèbre Mental Research Institute de Palo Alto.

des yeux pour guérir

Le syndrome de stress post-traumatique

Diagnostiquer un Syndrome de Stress Post-Traumatique

L’un des traitements recommandés par les différentes agences de santé nationales et internationales comme l’HAS (la Haute Autorité de Santé) ou l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) pour soigner un syndrome de stress post-traumatique est la thérapie EMDR (voir article).

Le diagnostic ne peut-être posé que lorsque la problématique dure plus d’un mois :

« A. Le sujet a été exposé à un événement traumatique dans lequel les deux éléments suivants étaient présents :

  1. Le sujet a vécu, a été témoin, ou a été confronté à un événement ou à des événements durant lesquels des individus ont pu mourir ou être très gravement blessés ou bien ont été menacés de mort ou de grave blessure ou bien durant lesquels son intégrité physique ou celle d’autrui a pu être menacée ;
  2. La réaction du sujet à l’événement s’est traduite par une peur intense, un sentiment d’impuissance ou d’horreur.

B. L’événement traumatique est constamment revécu, de l’une (ou de plusieurs) des façons suivantes :

  1. Souvenirs répétitifs et envahissants de l’événement provoquant un sentiment de détresse et comprenant des images, des pensées ou des perceptions ;
  2. Rêves répétitifs de l’événement provoquant un sentiment de détresse ;
  3. Impression ou agissements soudains « comme si » l’événement traumatique allait se reproduire (incluant le sentiment de revivre l’événement, des illusions, des hallucinations, et des épisodes dissociatifs (flash-back), y compris ceux qui surviennent au réveil ou au cours d’une intoxication) ;
  4. Sentiment intense de détresse psychique lors de l’exposition à des indices internes ou externes évoquant ou ressemblant à un aspect de l’événement traumatique en cause ;
  5. Réactivité physiologique lors de l’exposition à des indices internes ou externes pouvant évoquer ou ressembler à un aspect de l’événement traumatique en cause ;

C. Évitement persistant des stimulus associés au traumatisme et émoussement de la réactivité générale (ne préexistant pas au traumatisme) comme en témoigne la présence d’au moins trois des manifestations suivantes ;

(1) Efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou les conversations associés au traumatisme ;

(2) Efforts pour éviter les activités, les endroits ou les gens qui éveillent des souvenirs du traumatisme ;

(3) Incapacité de se rappeler un aspect important du traumatisme ;

(4) Réduction nette de l’intérêt pour des activités importantes ou bien réduction de la participation à ces mêmes activités ;

(5) Sentiment de détachement d’autrui ou bien de devenir étranger par rapport aux autres ; (6) Restriction des affects (par exemple incapacité à éprouver des sentiments tendres) ;

(7) Sentiment d’avenir « bouché » (par exemple pense ne pas pouvoir faire carrière, se marier, avoir des enfants, ou avoir un cours normal de la vie).

D. Présence de symptômes persistants traduisant une activation neurovégétative (ne préexistant pas au traumatisme) comme en témoignent deux des manifestations suivantes :

(1) Difficulté d’endormissement au sommeil interrompu ;

(2) Irritabilité ou accès de colère ;

(3) Difficulté de concentration ;

(4) Hypervigilance ;

(5) Réaction de sursaut exagérée.

E. La perturbation (symptômes des critères B, C et D) dure plus d’un mois.

F. La perturbation entraîne une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.

Il peut être accompagné de symptômes dissociatifs comme la dépersonnalisation et la déréalisation.

Les phénomènes spécifiques associés aux traumas sont :

  • Les amnésies : complètes ou partielles, durant un temps limité ou la perte du souvenir est persistante ;

  • Les flash-back : la réactivation des souvenirs traumatiques ;

  • Les déclencheurs : la personne est « réactivée » par des stimulis, des situations, des événements qui la renvoient au traumatisme.